10 mai 1940

Les arrestations du 10 Mai 1940

Le 10 mai 1940 la Belgique est envahie par l’armée allemande, le matin même est organisée l’arrestation des étrangers « nationaux ennemis », parmi eux les réfugiés juifs,  tout les hommes de 17 à  65 ans sont soit sommés de se présenter dans les commissariats, soit arrêtés dans la rue.

Cette rafle prévue avant l’invasion se télescope avec l’exode des populations locales vers le Sud, fuyant l’avancée des troupes du Reich.

De nombreux témoins rapportent les arrestations et le long calvaire qui mena ces hommes et parfois les femmes dans les camps du midi dela France.

Dans ses mémoires le rabbin Kappel[1] mentionne le témoignage du Rabbin Leo Ansbacher, interné à St Cyprien avec son frère Max.

7.500 réfugiés chassés de Belgique accusés d’être des espions, des membres de la 5e colonne, épuisés, arrivèrent au camp près de Perpignan. Accueillis par la population locale aux cris de « morts aux espions allemands ». Les conditions de vie dans ce camp situé au bord de la méditerranée étaient déplorables. Les baraques de bois construites sur le sable étaient regroupées en îlots de 25 unités, chaque îlot séparé par des barbelés. Le sable pénétrait partout, l’eau manquait, le typhus et la dysenterie firent leur apparition, les malades évacués sur un hôpital digne du Moyen-âge étaient 200 au mois d’Août. La mortalité dans le camp est élevée.

 

Avant le 10 Mai 1940 la Belgique compte 64.000 juifs, si durant la guerre environ 25.000 sont déportés, soit 43% de la population juive présente sur le territoire[2], près d’un quart de cette population fuit le pays pour la France.

Très peu y retourneront pendant cette période, principalement des résistants, car l’interdiction du 27 septembre, de franchir ligne de démarcation leur rend ce voyage impossible.

Selon les sources on peut estimer que 6 à 10.000 personnes sont arrêtées, dont 3.000 pour Bruxelles et 3.000 pour Anvers. Plus des deux tiers sont des étrangers.

 

La première déportation massive est bien le fait de l’Etat Belge indépendant car ce sont les forces de police Belges qui procèdent à l’arrestation des « suspects », à savoir les personnes dangereuses pour la sûreté nationale.

Ce terme très vague  de « suspect » permet l’arrestation des réfugiés pour de nombreux motifs : la détention préventive, toute personne ressortissante d’un état ennemi,  les émigrés allemands, les réfugiés en séjour illégal, les clandestins…

Cette loi des suspects ne fait aucune différence entre extrême droite nationaliste, fasciste ou nazie, extrême gauche communiste et les ressortissants du grand Reich qui seront eux, systématiquement visés.

Les arrestations débutent à l’aube

Policiers et gendarmes sont en charge de contrôler les identités des personnes suspectes et de les rassembler dans les lieux convenus (Merkxplas, Marneffe, caserne, commissariat …). Chacun doit prendre de quoi se nourrir pour 48h, très peu compte tenu de la longueur du voyage qu’ils vont endurer à 40 par wagon hermétiquement fermés, passant plus de 40 h sans ravitaillement d’eau.

Des affiches sont mises en place, certains réfugiés se rendent délibérément au centre de rassemblement, et certains Belges xénophobes ne se privent pas de  l’opportunité de collaborer avec les services de police dans la recherche des suspects.

D’autres réfugiés pris de panique fuient rapidement vers la France ; parallèlement aux arrestations on observe un exode de la population belge qui cherche refuge en France.

Nathan Kornweitz a été arrêté le 10 mai 1940 et envoyé au camp de St Cyprien. Il est probable qu'au mois d'octobre il se soit échappé pendant son tranfert au camp de Gurs.

L’embarquement pour la région de Bruxelles, en gare d’Etterbeek se fait dans des wagons de marchandise. Les trajets, perturbés par l’avancée de l’armée allemande se rallongent de façon importante et certains convois arrivent à destination plus de dix jours après leur départ de Belgique.

Grâce au fichier partiel du camp de St Cyprien  établi en octobre 1940 il est possible de reconstituer les étapes de ces convois : Orléans,La Fauga-Mazères, Ste Livrade, Le Vigeant, Toulouse, Villemur, Albi, Cerdon du Loiret, Cepoy…

Les «  suspects de mai 1940 » sont déportés vers les camps du Sud de la France.

 

«  La politique du moindre mal. »[3]

Deux hypothèses, qui ne sont pas forcément contradictoires, sont souvent admises par les historiens quant aux motifs politique de ces déportations à l’aube de l’invasion; la première serait que le gouvernement Belge aurait procédé aux arrestations pour sauver les juifs étrangers du nouveau régime en Belgique ; car au 10 mai les autorités Belges  savaient l’invasion imminente et ne savaient pas quel sort allaient connaître leurs suspects en France ; ils n’eurent connaissance des camps français et de l’internement des suspects qu’un mois plus tard[4].

La deuxième hypothèse ; sans doute plus proche de la réalité et de la complexité politique à la veille de la guerre ; serait que l’Etat belges pensait obtenir des arrestations un effet bénéfiques sur le moral des troupes et de la population, prouvant que le gouvernement prenait toute les mesures nécessaire pour mobiliser et protéger la nation, d’agissement d’une cinquième colonne.

Le mythe de la cinquième colonne ; terme née au cours de la guerre d’Espagne pour désigner la présence « réelle ou supposée » de sujet franquiste derrière les lignes républicaine[5] ; peut paraître excessif dans le cas des causes des arrestations du 10 mai 1940, la peur venant réellement des forces militaires du Reich.

Cet argument s’ancra néanmoins assez bien dans l’opinion publique, qui n’hésitera pas à marquer à la craie les « trains fantômes »[6] en directions des camps du Sud dela France de messages tels que « parachutistes » ou « 5eme colonne ».

Malheureusement, la victoire foudroyante des Allemands déjoua profondément ces mesures et n’empêcha en rien l’invasion du territoire.

De plus la Belgique pensait pouvoir sauver ses juifs ; invoquant la constitution Belges, les lois et institutions du royaume ; au détriment des juifs étrangers ayant chercher l’asile dans le royaume.

A la veille de Mai 1940, seul 6% des juifs sont Belges et 17%  sont des immigrés de deuxième génération. Les juifs polonais représentent 44% et les juifs du grand Reich 18%[7]

L’arrêté-loi du 28 Septembre 1939 sur la police des étrangers, permet de recourir à des mesures exceptionnelles ; telles que les assignements à résidence dans un centre de refuge ou même l’internement des étrangers[8].

De plus, en Mars 1940 le ministre de la justice Janson, dota la justice militaire d’un cadre d’auxiliaires de police judiciaire. Le procureur du Roi assuma les fonctions d’auditeur général à la cour militaire, le 10 Avril 1940.

Le 8 mai 1940 le ministre de la défense nationale donne l’ordre à tous les auditeurs militaires et aux différents magistrats concernés de se tenir prêt à procéder à l’arrestation des suspects, dont les noms figurent sur les listes préparées par le comité de coordination. En fait l’initiative sera laissé au ministre dela Justice Janson, qui constitua le comité de coordination en Mars 1940 et assuma la préparation et l’organisation administrative des arrestations et  permis les déportations pour le Sud de la France, en promulguant un dernier arrêté ministérielle le 10mai 1940.  Toutefois, nous ne pouvons à ce jour, affirmer cela avec certitude, compte tenu de l’absence de document qui lierait les autorités Belges et françaises.

Sources :

  •  Les Juifs de Belgique dans les camps du Sud-Ouest de la France 1940-1944, Mémoire de Sabine Meunier présenté sous la direction de J. Gotovitch à l’Université Libre de Bruxelles.
  •  Article de Maya Klein, Souvenirs de résistants Autrichiens en Belgique, in.
  • Les Cahiers de la mémoire Contemporaine numéro 3, Fondation pour la mémoire Contemporaine/2001.
  • Chapitre 3, Les suspects de Mai 40, in. L’an 40, J. Gotovitch.
  • La pratique du Droit d’asile à l’égard des réfugiés en provenance d’Allemagne et d’Autriche en France (de septembre 1939 à octobre 1940), in. 1940, la France du repli l’Europe de la défaite.
  • Barbara Vormeier. Sous la Direction de Max Lagarrigue. Edition Privat. 2001.
  • La Shoah en Belgique, in. Les cahiers de la Shoah numéro 3, sous la direction de Catherine Nicault, article de Maxime Steinberg


[1] Un rabbin dans la tourmente, René Kappel, CDJC, 1986

 

[2] Les cahiers dela Shoah,la Shoah en Belgique, Maxime Steinberg, 1996

[3] Les cahiers dela Shoah,la Shoah en Belgique, Maxime Steinberg, 1996

[4] Les juifs de Belgique dans les camps du Sud-Ouest dela France 1940-1944, Mémoire de Sabine Meunier, sous la direction de J. Gotovitch, université Libre de Bruxelles.

[5] Idem.

[6] L’an 40, José Gotovitch.

[7] Les cahiers dela Shoah,la Shoah en Belgique, Maxime Steinberg, 1996

[8] Les juifs de Belgique dans les camps du Sud-Ouest dela France 1940-1944, Mémoire de Sabine Meunier, sous la direction de J. Gotovitch, université Libre de Bruxelles.























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