Les pavés des disparus

 

 

 

 

Vous marchez dans une rue tranquille d’une ville quelque part en Allemagne.  Et vous  marchez sur une pavé de laiton, en fait vous butez-dessus. Vous regardez et il y est inscrit quelque chose vous lisez.

Le projet est l’initiative et l’oeuvre de l’artiste allemand, Gunter Demnig. Son objectif est d’élever un monument tangible visible et accessible à tous, à la mémoire des déportés, victimes du nazisme.

Stolperstein signifie « pierre à trébucher » ou « pavé-butoir ». Un petit pavé de 10 x 10 cm, en béton recouvert de laiton, que l’artiste encastre dans le trottoir, devant la dernière demeure habitée volontairement par la personne concernée. Dessus, il y a gravé  » ici habitait « , ainsi que le nom, date de naissance, lieu et date du décès.

Le projet arrive à Paris et si les promoteurs y arrivent certaines rues de la capitale seront dorées. (voir la carte concernant les enfants)

La démarche d’un monument mémoriel dispersé sur un continent est pleine de sens mais aussi de questions non résolues

Ce projet soulève bien entendu de nombreuses critiques qui ont eu des échos dans chaque pays où Gunter Demnig a créé son monument fractionné, qui devrait s’étendre dans toute’ l’Europe continentale. Depuis 1996, il a déjà installé 25.000 Stolperseine en Allemagne, Autriche, Italie, Hongrie, Pays-Bas. La pose de Stolpersteine est toujours initiée et financée par les survivants d’une famille, des particuliers qui sympathisent, des groupes scolaires ou des associations.

Certains reprochent la banalisation du « monument »  on marche sur les pierres, d’autres la surabondance de monuments mémoriels de la Shoah.

Pour le moment je n’ai pas eu d’écho des démarches entreprises ou non vers la Ville de Paris ou vers la Fondation pour la Mémoire de la Shoah qui finance ce type d’initiative ( pose de plaques) et qui a déjà payé pour le Mur des Noms du Mémorial à Paris. En France la tendance est à la pose de plaques sur les bâtiments, les trottoirs étant amenés à être modifiés que deviennent les pavés?

En Allemagne  dans de nombreuses villes où les autorités n’ont pas accordé les autorisations nécessaires aux poses, les gens continuent d’acheter les pavés en espérant une pose ultérieure, un changement de  situation.

La question du financement et des retombées économiques pour l’artiste est aussi ouverte. En France environ 80.000 Juifs ont été déportés, si on soustrait à ce chiffre ceux arrivés de Bade, du Palatinat et de Sarre directement à Gurs et ceux arrêtés en Belgique et envoyés à St Cyprien et à Bram et ailleurs, on peut estimer à 60-65 000 personnes pour qui un pavé pourrait être posé sur le territoire. Cela représente une manne financière de près de 8 millions d’euros, (le pavé coûtait 95€ en 2009 et maintenant il est vendu 120 € ) alors que le coût de fabrication du pavé par un marbrier compétent doit être bien inférieur. J’ai toujours eu des réserves sur ce projet parce que l’artiste vit uniquement de cette opération.

Observons ce qu’il va devenir en France.

Pour en savoir plus sur cette initiative et vous faire votre propre opinion visitez  la page Facebook pour Paris qui est là  et le site en allemand et en anglais ici





















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  1 comment for “Les pavés des disparus

  1. Simon S
    20 novembre 2012 at 15 h 07 min

    J’ai 76 ans, parisien de naissance, je vis partir mon père en 1942 pour Drancy. Il est mort au camp d’Auschwitz
    Je voudrais tant contacter M. GRANAT qui, à 79 ans, publie un texte si poignant. L’Allemand s’appelait Pyjama. Né dans le XIIè à Paris, j’habitais la rue de Charenton, pas loin du Faubourg St Antoine. Moi aussi j’écris un texte sur les persécutions et leurs effets sur notre famille à Paris entre Bastille, Gare de Lyon et Nation.

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