Simon Dzierlatka

En complément à l’article sur les rafles de février 1943, et la constitution du convoi 50,  Ruth Fivaz, doctorante à Lausanne, nous a adressé des informations sur Simon Dzierlatka qui complètent nos informations sur les hommes de la liste du 20 février 1943.

Il s’agit des notes prises après consultation des dossiers  14W20 & 3U3/378 des Archives départementales de la Haute-Savoie et Ef/2 des Archives d’Etat de Genève, Justice et Police.

Szymon DZIERLATKA, né le 14 août 1906 à Varsovie, de Hersz et Fajga FEFERLING. Marié à Sara HALBERG (36 ans), est père de trois enfants : Renata /Irène(13 ans), Jean (11 ans) et Albert/Arié (9 ans) en 1943.

Polonais, juif, bijoutier, domicilié à Marseille.  Arrivé en France le 14 mai 1940, venant de Belgique. Depuis son entrée en France, il a toujours résidé à Marseille. Au début de mai 1942, a été incorporé au 804e GTE à St-Gérome-lès-Marseille, détaché chez MM. GUEYNAUD et DUPUY, bijoutiers, 29 rue Pavillon, chez lesquels il était déjà employé avant son incorporation. Le 31 décembre 1942, il est convoqué pour rejoindre le 129e GTE à Miramas. Ce même jour, il quitte Marseille pour Ambilly où il franchit clandestinement la frontière suisse, le 3 janvier 1943, vers 17 heures. Il est appréhendé par la douane ou par la gendarmerie suisse et refoulé au poste de douane d’Ambilly. Transféré au parquet de St-Julien, écroué à la maison d’arrêt d’Annecy le 6 janvier 1943, il est jugé et condamné le 13 janvier à un mois de prison par le Tribunal correctionnel de St-Julien. Il est prévu de le transférer à la « section de discipline du Fort Chapoly » [car il est considéré comme un évadé de GTE]. Libérable le 5 février 1943, il « rentre dans la catégorie d’étrangers dont le regroupement est prévu par la circulaire du 5 août 1942″ et sera dirigé sur Gurs sur ordre du chef de cabinet du préfet.

Il  s’agit d’une application extrêmement tardive des directives de Vichy sur le regroupement des juifs, sauf erreur, dans ma série, la dernière en date de celles qui sont consécutives à un refoulement à la frontière suisse. Début janvier 43, en général, la juridiction ordinaire (prison et amende) s’applique à nouveau à ceux qui sont pris au moment de franchir la frontière suisse ou en sont refoulés. Une terrible malchance a scellé le destin de Simon Dzierlatka.

Ses trois enfants ont passé en Suisse dans des convois d’enfants en 1943.

 

Arie Dzierlatka, aujourdʼhui musicien à Genève, passe la frontière suisse avec son frère en septembre 1943. Il est alors âgé de 7 ans. Extraits de ses souvenirs consignés par écrit :

On entend une rumeur, des aboiements…

- Merde, les boches ! On se grouille maintenant. […]

Nous atteignons dʼimmenses rouleaux de barbelés. Le passeur les cisaille, ouvre un passage et jʼentends :

- Allez les enfants ! Courez, courez sans vous retourner !

Après le petit ruisseau, cʼest la Suisse ! Nous suffoquions tellement nous avons couru. Je ne crois pas que tout le monde soit arrivé à bon port. Quant à Jean et à moi, nous avons cru que notre dernière heure était venue : nous étions en train de traverser un ruisseau à gué lorsque, brusquement, nous nous sommes trouvés devant un Allemand armé dʼun fusil. La peur nous a pétrifiés. Il a souri et a dit en français :

- Faut pas avoir peur, les enfants, vous êtes en Suisse. Allez ! Suivez-moi ! […]

Des militaires interrogent les réfugiés. Cʼest Jean qui répond pour les deux.

- Nom de famille ?

- Dzierlatka.

- Tiens, ça me dit quelque chose…

Il feuillette son bouquin de service.

- Dzierlatka Irène, cʼest de ta famille ?

- Oui, cʼest ma soeur.

- Ben, elle est en Suisse depuis une semaine. Vous la verrez, elle est sans doute au camp du Bout du Monde pour la quarantaine. Mais Dzierlatka, ça me dit encore quelque chose.

Il reconsulte le bouquin.

- Il me semblait bien. Dzierlatka Simon, ça vous dit quelque chose ?

- Oh oui ! Cʼest notre père !

- Alors lui, cʼest pas la même chose (immédiatement, je ne sais pourquoi, mon coeur se glace), on lʼa renvoyé à lʼendroit dʼoù il venait !

Cité in LʼHebdo, no spécial, 30 octobre 1997.

 

Nous avons aussi trouvé dans les archives du C.D.J C. au mémorial de la Shoah un document du Commissariat Général aux Questions Juives où Simon est mentionné

Il s’agit d’une enquête menée sur les travailleurs juifs étrangers, notamment sur les Juifs incorporés au GTE n°4 de Marseille. Le document est daté du 30 décembre 1942 soit la veille de la convocation de Simon et de sa tentative de fuite en Suisse.

Il est écrit qu’en principe, les Juifs ne peuvent être employés isolément, certains d’entre eux peuvent néanmoins être considérés comme « travailleurs contrôlés », dans le cas où leur emploi se révèlerait utile à l’économie nationale. La SEC de Marseille, suite à une enquête menée sur les Juifs détachés au GTE n°4 en tant qu’employés isolés, conclut que la surveillance de ces travailleurs juifs étrangers est insuffisante et que la plupart des emplois tenus par ces Juifs ne présentent pas un intérêt primordial pour l’économie nationale. Simon qui était orfèvre  ne présentait pas d’intérêt aux yeux du CGQJ.

 

Share and Enjoy

  • Facebook
  • Twitter
  • Delicious
  • LinkedIn
  • StumbleUpon
  • Add to favorites
  • Email
  • RSS

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *