Plus qu’un nom dans une liste : Edouard Wajnryb

Edouard Wajnryb est né à Neuilly le 11 août 1939, il était le fils de Salomon et  Suzanne née Kouchelevitz.  Il était pensionnaire au centre d’enfants de la Varenne Saint-Hilaire, 57 rue Georges Clémenceau tenu par la famille Zysman.

A La Varenne, il y avait un orphelinat et une pension d’enfants juifs. Dans la nuit du 21 au 22 juillet 1944, sur l’ordre du capitaine S.S Aloïs Brunner, 28 enfants y furent arrêtés. Après un réveil brutal, ces enfants âgés de 4 à 11 ans, furent précipités dans des autobus avec baluchons et matelas, puis conduits à Drancy. Dans ce camp de la région parisienne, ils vécurent d’horribles journées d’angoisse avant d’être acheminés le 31 juillet 1944 par le convoi n° 77 vers Auschwitz, dans des wagons à bestiaux.

Après un épouvantable voyage de deux jours et demi, entassés dans le noir, apeurés, assoiffés, suffocants, ils arrivèrent à Birkenau à moitié nus et sans chaussures pour la plupart. A leur descente, ils furent immédiatement envoyés à la chambre à gaz et ne revinrent jamais.

 

A la Pension Zysman, 57 rue Geoges Clemenceau :

«  Louise nous renseigne encore sur le déroulement de la rafle . Mise au courant par des amis, elle se précipite à la pension pour y découvrir la catastrophe et apprend le film des évènements par une voisine habitant le pavillon contigu. Vers quatre ou cinq heures du matin, cette dame avait été réveillée par le bruit de véhicules freinant devant sa maison : trois autobus.

Deux Allemands en uniforme et des civils à leurs ordres avec brassard étaient présents. On conduisit les enfants et le personnel de la pension au premier autobus. On jeta par les fenêtres, matelas, couvertures, linge que l’on entassa dans les deux autobus suivants. On y empila de la vaisselle. Les dix enfants, deux membres du personnel, la cuisinière :Lucie Lithuac, 47 ans et mademoiselle Lévy directrice du foyer furent internés à Drancy.

 

A l’orphelinat : 30 rue Saint-Hilaire :

La rafle frappe en effet l’orphelinat la nuit même où elle s’abat sur la pension Zysman. Elle se produit dans un climat de plus grand effroi : l’Orphelinat est cerné et les S.S ordonnent son évacuation, mais les enfants, gagnés par la panique, refusent de descendre. Alors les S .S, pour montrer leur détermination tirent sur la façade à l’arme automatique.(La trace des balles marqua le bâtiment jusqu’à sa destruction en 1982). Dix huit enfants terrorisés sortent de l’ophelinat. On les fait monter dans un autobus, ainsi que cinq femmes membres du personnel. Cependant, l’une d’elle persuade les Allemands qu’elle n’est pas juive. On l’autorise à partir.

Drancy

Un interné, André Warlin, raconte dans son livre l’Impossible Oubli (1),l’arrivée et le séjour des enfants :

 » Par une nuit claire, étoilée, nous distinguons de loin, le bruit des autobus qui se succèdent à une cadence rapprochée, les coups de sifflet annonçant les arrivées. Les autobus arrivent les uns après les autres. Nous ne voyons pas tout de suite les nouveaux arrivants. Mais bientôt, à notre effroi indescriptible, nous entendons les voix pétillantes et jacassant de petits enfants tout seuls sans père ni mère. Il y en a de tout petits de deux ans qui traînent leur misérable baluchon. Ils pleurent. Ils n’ont pas eu le temps de s’habiller, on les a arrachés de leur lit, les bousculant.

 

Ça et là, une femme les accompagne, les traînant à ses trousses, les poussant devant elle. On les parque dans les escaliers vides, improvisant des couches pour eux, les tassant à plusieurs dans les lits infestés de punaises. Le camp entier est en émoi (…) Le lendemain, disciplinés, sages, ayant l’habitude d’obéir, de souffrir, ils vont tous en rang au réfectoire, tenant dans leurs petites mains des bols trop grands, et jouant avec leurs cuillères. Ceux de cinq ans s’occupent de ceux de trois ans. Du reste ,ils sont mûrs et savent s’adapter. Ils connaissent la vie, la persécution, la souffrance. Ils ont été séparés de leurs parents, le plus souvent déjà déportés, la plupart lors de la rafle du Vel’d’Hiv. Ils savent qu’ils sont juifs, c’est même la seule chose qu’ils savent, ignorant souvent jusqu’à leur nom. Ils savent qu’ils sont en danger, ayant entendu parler depuis leur naissance des camps de la déportation. Tout petits, ils ont l’instinct de conservation comme des petits animaux. Ils essaient de fuir le danger. On en retrouve un dans une niche de chien. « Je voudrais être un chien » dit-il  » puisque les chiens ne sont pas déportés ».

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