Plus qu’un nom dans une liste la famille Trajlerer

Hillel et Bajla TRAJLERER étaient arrivés de Pologne en 1926  Hillel était maroquinier, avait ouvert un atelier au 1, place de la République à Paris

Il est arrivé avec son épouse Bajla et leur fille Ida née en 1926 à Varsovie. En 1935 Marie est née à Paris.

Hillel travaillait bien, faisait de bonnes affaires; l’affaire était si prospère qu’elle a été aryanisée: tout leur a été volé. Ida conserve encore des papiers déchirés, qui sont les traites pour les meubles que la famille avait acquis à Paris après son installation, datées de 1932. Elle connaît encore le quartier de la République

- Je pourrais y marcher les yeux fermés

Hillel avait inventé le gainage des cadres pour photos et des réveils avec du cuir, un travail très soigné.

Pendant la drôle de guerre, Ida est envoyée dans un internat à Maintenon en Eure et Loire , chez les dames Signoret, ses parents craignent pour elle à Paris,. Elle passe son certificat d’études le 10 juin 1940, jour de l’entrée des allemands à Paris. Elle entend les canons et voit des Allemands

Elle voulait rentrer à Paris, la directrice ne l’a jamais laissée aller seule en train!

La directrice annonce que, si elles doivent fuir, elles iront à Bordeaux. Les parents Trajlerer et la petite Marie vont à Bordeaux durant l’exode, ont des papiers pour l’Amérique (Ida ne se souvient pas bien des papiers qu’ils avaient, mais en tous cas un oncle et une tante sont alors partis pour New York; d’après elle, le bateau acceptait tous ceux qui fuyaient les Allemands). Mais Ida et son collège n’arrivent pas jusqu’à Bordeaux, restent à Brive-la-Gaillarde. Le projet d’émigration en Amérique échoue donc.

Hilel  et Bajla s’enregistrent en préfecture , sur leurs fiches Ida n’est pas mentionnée, née à l’étranger et absente ils omettent de la nommer

 

Hilel Trajlerer est raflé en octobre 1941 rue des Franc-bourgeois et envoyé à Drancy. Un policier vient les avertir. Ida se souvient d’être allée le voir à Drancy en hiver, avec de la neige jusqu’aux cuisses. Il est déporté le 1er août 1942 à Auschwitz par le convoi N°3 et, selon sa fille, aussitôt gazé.

Sa mère, Bajla BAJSZTOCK, reste alors seule avec les deux filles (Marie/Monique beaucoup plus jeune qu’Ida). Au moment de la rafle du Vél d’Hiv elle est absente de chez elle. Mais la maison a été visitée, et quand elles rentrent de la gare de la Bastille, le 17 juillet, la concierge les prévient: elle lui dit de déguerpir aussitôt, d’autant plus qu’Ida a reçu une lettre de la préfecture. Ida pense que c’est une convocation pour aller servir de fille de joie sur le front russe. Elle a 16 ans.

Dès lors, la mère ne pense plus qu’à assurer la sécurité de ses filles, elle les cache à Pigalle chez des connaissances, puis les envoie en zone libre. Elles doivent aller chez l’oncle et la tante à Lyon. Hillel Trajlerer les avait autrefois embauchés quand ils étaient à Paris.

Après bien des péripéties les filles arrivent à passer la ligne de démarcation.

Elle rate son train pour Lyon, car à l’hôtel on ne l’a pas réveillée. Dans le second train, elle est arrêtée et envoyée à Vichy. Là, elle passe trois  nuits dans la gare, au froid, la petite sœur attrape froid. Elles n’ont pas de tickets d’alimentation: impossible d’acheter du pain; elles reçoivent cependant des sardines. Les autorités la remettent à la communauté juive, qui vient à son secours. Une famille observante les accueille, elles fêtent Chabbat. Ils téléphonent à la tante à Lyon . Finalement, la communauté paie un laissez-passer et elles se rendent à Lyon. Bayla doit les rejoindre, mais est encore retenue à Paris. L’oncle et la tante se comportent fort mal, la petite étant incontinente, ils sont brutaux ) et remettent les enfants à l’OSE le lendemain. Lorsque Bayla arrive, elle ne les trouve pas

Histoire de l’oncle et la tante: Mariés en 1931 à Paris, cousins nés en France. L’oncle s’engage dans l’armée française, est fait prisonnier, s’évade du train qui l’emmène au stalag. La tante coud pour les allemands à Paris. Bayla lui paie en 1941 le passage en zone libre.

Les deux sœurs sont immédiatement envoyées à Vic-sur-Cère (Cantal), dans un home , dans un hôtel (Hôtel Touring), une grande bâtisse verte.

Elle croit se souvenir que sa sœur est envoyée à l’école. Elle n’a pas de souvenirs précis, c’est plutôt bien, on dort sur des paillasses, mais elle trouve cela normal, elle croit avoir eu assez à manger, des occupations diverses: ménage, cuisine, lavage des escaliers (elle s’est portée volontaire, trouvant les escaliers très sales… mais elle arrive en bas éreintée). Elle ne va pas à l’école, mais suit quelques cours sur place (anglais avec Raïssa Gorlin). Elle est une des plus grandes, fait un peu la monitrice pour les autres, leur donne notamment des cours de gymnastique. Elle ne se souvient pas du nombre d’enfants: 15? 20? Plus? Il y avait aussi des garçons, peut-être des enfants chrétiens aussi. Elle se souvient d’avoir fêté Pessah. Elle y reste jusqu’à son départ pour la Suisse.

A Vic, elle entend parler de l’abbé Glasberg, de Lyon, qui les aide.

Sa mère lui envoie des paquets à Vic, avec des robes, etc.; ne vient pas la voir.

Arrêtée puis transférée au petit dépôt, Ida est envoyée à l’hôpital d’où elle s’évade le 14 octobre 1942

Extrait du dossier d'Ida Trajlerer au AD 69

Extrait du dossier de Bajla Trajlerer au AD 69

Bayla s’est tout de suite décidée à passer en Suisse; elle franchit la frontière le 30 octobre 1942, par un restaurant de Croix-de-Rozon à cheval sur la frontière, déguisée en nonne! Elle avait obtenu une robe de nonne ; elle a d’ailleurs dit aux nonnes de se payer sur son compte à Paris; elle n’a jamais vérifié si cela avait été fait.

A Vic-sur-Cère elle a connu les Bloch (Jacques et sa femme) et Raïssa Gorlin, sœur de Jacques Bloch , qui leur enseignait l’anglais

Ida attrape la gale, est envoyée à l’hôpital d’Aurillac. Elle fait connaissance d’une famille juive, qui la reçoit de temps en temps. Elle leur demande conseil pour vendre les bijoux qui lui restent, pour avoir un peu d’argent. Vend une chaîne pour 750 Frs., pour pouvoir acheter des petites choses à sa sœur, etc.

Puis elle se place comme fille de ferme près de Vic (6-7 km) pour gagner un peu. Elle dort sous une soupente. Elle nettoie des escargots…On la paie en nature: la 1ere semaine un fromage, qu’elle partage en 4, donne une part à sa sœur et vend le reste, fait profiter les autres à Vic. La deuxième semaine, – elle sait déjà qu’elle va partir – elle demande à la fermière comment faire pour obtenir un passeport (chose bien superflue et inutile! Mais elle ne le sait pas; d’ailleurs sa mère a obtenu pour les 2 filles l’autorisation d’entrée en Suisse). La fermière répond: « Adressez-vous à Laval ». Ida, terrorisée, prend alors ses jambes à son cou et rentre à pied à Vic sous la pluie tant elle a peur. Elle pense que cela a accéléré le départ du groupe vers la Suisse.

 

Archives de l'OSE , enfants placés à Vic-sur-Cère

Archives de l’OSE , enfants placés à Vic-sur-Cère

 

En France, elle vivait avec une fausse identité: Ida TANNER, née à Guéthary, Pyrénées-Atlantiques.

Le groupe d’enfants a pris le train pour Lyon, puis pour Bellegarde, accompagnés pratiquement jusqu’à la frontière par Raïssa, qui rentre aussitôt à Vic.

A la frontière, des passeurs prennent le relais.  En Suisse Ida et Marie sont séparées mais Ida s’occupe de sa soeur qui est placée dans différentes familles d’accueil avec plus ou moins de bonheur. Dans le récit qu’elle donne en 2001 la mère n’est pas mentionnée.

Ce récit a été tiré d’une interview réalisée par Ruth Fivaz-Silverman au domicile d’Ida en 2001.

 





















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  3 comments for “Plus qu’un nom dans une liste la famille Trajlerer

  1. 29 mai 2013 at 20 h 13 min

    I am the daughter of Monique Trajlerer (Monica Traler). My grandparents were Hillel and Bajla (Betty).

    • Jewishtraces
      29 mai 2013 at 21 h 15 min

      Hi Linda, were you aware of yhis interview and of the documents we found ?

      • 29 mai 2013 at 21 h 33 min

        I was not aware of this interview with my aunt. I have information my aunt sent me. I only have 1 picture of Hillel. My grandma Bajla (Betty) was in my life until her passing in 2000. This is some more info on my mom, Monique. Departed from Genoa, Italy on the Nea Hellas ship. New York Passenger List: Source Citation: Year: 1947; Microfilm serial: T715; Microfilm roll: T715_7472; Line: 20

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