Fausses notes entre Yad Vashem et le Mémorial de la Shoah ou absence de communication ?

Quiconque  a  fréquenté  assidument les archives et Musées de  Yad Vashem à Jérusalem l’USHMM à Washington et le Mémorial de la Shoah à Paris pour ne citer que trois institutions concurrentes sur le terrain des acquisitions d’archives peut avoir connaissance des collections des uns dupliquées pour les autres.  Des accords bi ou tri-partîtes existent et des échanges d’informations sont théoriquement prévus.

Qu’en est-il  en réalité ?

Chacune de ces institutions mène avec plus ou moins de succès et de moyens une politique d’acquisition de collections d’archives. Politique définie  le plus souvent par les financements obtenus ou non pour mener à bien, achat ou duplication  d’archives.

Mais si chaque année elles réussissent à engranger de nouvelles sources permettant d’écrire l’histoire, l’étude et l’analyse de ces fonds ne suit pas. Pour preuve la collection Abadi archivée et numérisée par le Mémorial de la Shoah, relative aux actions de sauvetage de Moussa Abadi et du Réseau Marcel.

« Fin 1942, Moussa Abadi  décide de créer à Nice avec Odette, sa femme, un réseau pour sauver les enfants juifs. Il rencontre Maurice Brener, délégué du Joint, qui assure le financement de son réseau. Moussa Abadi se met à la recherche de planques pour abriter ces enfants à Nice et dans les Alpes-Maritimes. Il prend contact avec Monseigneur Rémond, évêque de Nice, qui lui donne deux titres, celui de professeur de diction au petit séminaire et celui d’inspecteur principal de l’enseignement catholique, ce qui lui ouvre les portes des pensionnats religieux. Monseigneur Rémond lui donne un bureau à l’évêché où Moussa Abadi fabrique de faux papiers. »[1]

Ce court extrait biographique est issu d’un site publié par le Mémorial  de la Shoah, le nom de l’évêque Rémond apparait en toute lettre et aurait dû attirer l’attention des archivistes francophones de Yad Vashem, ainsi que la page biographique consacrée à l’évêque sur le site de l’association  « les enfants et amis de Moussa Abadi » [2] avant que le Département des Justes ne lançât l’opération «  les reconnaissez-vous » et publiât les photographies de 15 des 527 enfants sauvés par le réseau Marcel et Moussa Abadi dont une centaine auraient été sauvés par Yvonne Roques qui reçut en 1996 le titre de Juste parmi les Nations.

Les photographies des enfants cachés par Yvonne Roques pour le réseau Marcel sur le site de Yad Vashem

L’exposition permanente du musée de Yad Vashem consacre un mur au réseau Marcel et si je n’ai plus en tête les fiches d’enfants exposées au musée lorsque, j’ai vu le post sur Twitter de Yad Vashem  ce matin j’ai fait le lien sans difficulté ? Je ne pense pas être la seule dans ce cas.

Alors revenons à la réalité de la mise en œuvre des accords de collaboration entre les institutions de mémoire, que sont-elles si ce n’est un moyen d’obtenir de fondations un financement ?  En aucun cas il ne s’agit de collaboration scientifique.  La preuve par l’exemple avec ces quinze visages.

Chacun(e) des archivistes du Mémorial aurait pu, dû reconnaitre les photos des enfants de Nice si on les leur avait présentées avant de les publier sur le Web.

Bien sur si cette collection pouvait être en ligne les susceptibilités des uns et des autres auraient été épargnées.  Ici le département des Justes de Yad Vashem n’apparait pas sous son meilleur jour et le Mémorial aurait pu communiquer sur l’exceptionnelle richesse de ses fonds numérisés. Bref tout le monde a perdu et les chercheurs perdent ainsi chaque jour par manque de coordination entre les institutions.

Espérons qu’à quelques jours de la journée internationale des archives que les choses changent et que la plateforme EHRI permettra plus de dialogue et un dialogue ouverts aux  petits joueurs » qui observent de près la guéguerre à base d’ego que se livrent en douce les musées et mémoriaux détenteurs d’archives au détriment parfois de l’écriture de l’histoire.

 

 

 

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