La HICEM à Marseille 1941-1942

 

Dans les collections d’archives que nous avons pu consulter à Paris,  New-York , Washington et en Israël nous avons trouvé de nombreuses informations sur les organisations juives dont la HICEM qui ont largement contribué à l’émigration légale et clandestine des juifs piégés en France.

Pour commencer une série de publications sur cette thématique nous avons choisi de vous présenter l’action de la HICEM à Marseille en 1941-1942 . Dans un article précédent nous avions évoqué l’action de la HICEM dans le sauvetage des enfants

La HICEM a été crée en 1926 à Paris, un bureau combiné de la Hebrew Immigrant Aid Society (HIAS), basée à New York, la Jewish Colonization Association (JCA ou ICA), basée à Londres, et EmigDirect, une organisation en Allemagne portant sur la le transport d’émigrants vers les ports européens d’embarquement. Sa mission est de centraliser les opérations d’émigration européenne des trois groupes, y compris l’assemblage d’informations sur les candidats à l’émigration, la légalisation du statut et les formalités de visa et les modalités de transport et de la coordination avec les filiales HICEM dans les pays de destination. EmigDirect se retire de l’entreprise en 1934 après la prise de pouvoir des Nazis. L’American Jewish Joint Distribution Committee (AJDC), basé à New York, a été la principale source de financement après que les lois de guerre interdise à la JCA d’envoyer de l’argent hors du Royaume-Uni, et la HIAS fournit la majorité du personnel d’exploitation.

A la veille de la Seconde Guerre mondiale, le bureau principal est situé à Paris. L’invasion nazie de Paris en Juin 1940 a conduit à la fermeture du bureau le 19 Juin, 1940. Le bureau a rouvert en Octobre 1940, d’abord à Bordeaux, pendant une semaine, et enfin à Marseille. En 1940, un bureau à Lisbonne a été activé pour gérer en temps de guerre immigration à l’étranger. Le bureau de Marseille a continué à être actif même après que les nazis créèrent l’Union Générale des Israélites de France (UGIF) et que la HICEM fut officiellement incorporée, ainsi que toutes les autres organisations juives, en 1943. Les tentatives répétées de l’UGIF pour contrôler les opérations de la HICEM et ses finances forcèrent la HICEM à transformer le statut du bureau de Marseille à un bureau provisoire sous la direction de Wladimir Schah et d’utiliser la stratégie de Lisbonne- le Portugal étant un pays neutre – pour son siège et comme point de l’émigration principale hors d’Europe, sous la direction de Jacques Bernstein. 

 Dans le même temps, ces employés étaient en contact avec les réseaux clandestins comme celui de la rue Amelot et le réseau André. Après l’occupation allemande de la « Zone libre », la HICEM s’est déplacée dans la ville de Brive-la-Gaillarde en Corrèze. Là-bas un petit groupe d’employés du HICEM a établi un contact et une coopération avec les forces locales de la résistance française et ont réussi à faire sortir clandestinement des Juifs de France vers l’Espagne et la Suisse. Quelques uns des vingt et un employés du HICEM ont péri dans l’exercice de leurs fonctions, ont été déportés et tués dans les camps de concentration ou fusillés comme membres de la résistance, d’autres ont été tués dans le combat direct avec les nazis1.

Après la libération de la France à la fin de la Seconde Guerre mondiale, la HICEM retourne à Paris en Janvier 1945, où elle continue à fournir une assistance à l’émigration et le rapatriement des survivants de la guerre et de l’aide dans les recherches de famille. La HICEM a été dissoute en Novembre 1945 et remplacée par la HIAS.

Liste de passagers du Navemar

Liste de passagers du Navemar

La Hicem dans les camps2

L’activité de la HICEM en faveur des internés mérite un exposé spécial si bref soit-il. En effet, aussi bien le nombre de juifs internés et les conditions de leur existence dans les camps que la quantité d’obstacles à surmonter pour leur venir efficacement en aide ont créé une situation dont la gravité ne peut être exagérée. Il fallait déployer une activité énergique, longue, persévérante et en même temps patiente, prudente et discrète pour aboutir aux résultats pratiques dans les conditions actuelles bien connues. Sans vouloir nous appesantir sur les pénibles données de ce problème compliqué et vraiment tragique, au point de vue humanitaire, bornons-nous à rappeler qu’il s’agissait de secourir les gens qui sont devenus suspects à leur double titre de juifs et d’étrangers et que l’aide devait venir de la part d’une organisation juive, suspecte elle-même comme juive et comme organisation.

Le nombre des internés israélites de la zone-non occupée peut être évalué à 26 500 selon une répartition sur laquelle nous reviendrons plus loin. Mais ce qu’il importe de connaître ce sont les conditions dans lesquelles les internés sont obligés de vivre.

Nous regrettons de ne pas pouvoir citer in extenso ni même vous donner des extraits d’un rapport documenté et extrêmement frappant qui a été remis aux autorités françaises et qui traite de l’hébergement, des conditions sanitaires, de l’habillement, du ravitaillement, de la surveillance médicale, de l’enseignement et du moral des internés dans les camps. Ce rapport contient des détails notamment sur les conditions d’hygiène, sur les maladies des enfants, sur l’insuffisance de la nourriture et sur de nombreux autres points qu’il faudrait connaître en détail, pour se rendre compte à quel problème s’attaquent nos Organisations et quelle urgence revêt plus particulièrement l’émigration des internés. Bien que certaines mesures aient été prises notamment par les organisations de bienfaisance, le rapport dit que : « Le budget qui serait nécessaire pour satisfaire les demandes urgentes dépasse la totalité de budgets disponibles de toutes les organisations privées réunies ». A plus forte raison l’émigration reste pour tous ces malheureux le seul allègement de leur sort, et l’espoir de pouvoir partir est le seul ressort moral qui les soutient.

Parmi les obstacles que notre travail dans les camps a rencontrés au début il faut citer en premier lieu la méfiance des directeurs des camps. Ce n’est qu’après de longues démarches auprès des autorités centrales, auprès des préfectures dont dépendent les camps et surtout après de fréquentes prises de contact avec les directeurs eux-mêmes que la situation a radicalement changé.

Nous avons expliqué en détail le fonctionnement de notre œuvre et la manière dont nous entendions faire notre travail parmi les internés. Ce travail a pu effectivement être entrepris, mais dans toutes ses phases il est soumis au contrôle sévère.

Depuis novembre 1940, le camp le plus important, celui de Gurs hébergeant plus de 20 000 internés (dont les 7500 badois et Nurtembergeois expulsés de chez eux ainsi que les réfugiés de Belgique) a été visité sans relâche, et des milliers de questionnaires ont été recueillis ; cette première action avait pour conséquence particulière le transfert d’un très grand nombre de dossiers consulaires américains des consulats d’origine au consulat de Marseille.

Depuis le début de l’année 1941, les visites aux camps ont été systématiquement poursuivies, notamment au Vernet, à Brens (dissous depuis), à Argelès, à Rivesaltes, à Noé, à Recébédou et de nouveau à plusieurs reprises à Gurs.

Afin de faciliter notre tâche, et avec l’assentiment des autorités compétentes à tous les échelons (ministère de l’Intérieur, Préfecture, Commandement de chacun des camps), nous avons créé dans tous ces camps des bureaux d’émigration, rattachés aux services officiels, et chargés d’une part de renseigner les internés sur la conduite à tenir en vue de faire aboutir leurs projets d’émigration, et d’autre part de nous donner, dan les meilleures conditions, toutes indications nous permettant de correspondre avec nos bureaux d’outre-mer au sujet des documents à fournir et des frais de voyage à assurer. Nous sommes journellement en contact avec ces bureaux pour le règlement ds affaires en cours, et environ 10 000 dossiers ont été constitués chez nous.

Des milliers de lettres ont été, et sont échangées, chaque mois avec les internés des divers camps ou avec les bureaux d’émigration, ainsi qu’avec la HICEM de Lisbonne, la HIAS de New York, et nos comités et correspondants dans les pays sud-américains (juin : – 2900 lettres expédiées ; juillet : – 2800 lettres expédiées.

En plus des camps d’internement proprement dits, l’administration a créé des camps d’embarquement : celui des Milles (à proximité de Marseille), pour les hommes, et ceux des hôtels Terminus, Bompard, Atlantique et du Lévant à Marseille même, pour les femmes. L’hôtel du Levant a été destiné à ce but grâce à une intervention que nous avons faite nous-mêmes auprès de la Préfecture des Bouches du Rhône pour remédier à l’insuffisance des autres centres, insuffisance qui empêchait le transfert de différents camps à Marseille des femmes toutes prêtes à partir ; le Comité d’assistance aux réfugiés qui dispose de cet hôtel, a mis 50 places à la disposition des femmes provenant des camps.

Les internés dans tous ces hôtels ont la faculté de nous rendre visite à nos bureaux.

Quant au camp des Milles, deux de nos collaborateurs le visitent à tour de rôle tous les jours. Le nombre de visites, enregistrées dans ce camp durant les mois de juin et de juillet s’élève à environ 2000.

Il est malaisé d’indiquer avec précision le nombre de juifs internés dans les différents camps de la zone libre. On peut cependant en se basant sur les renseignements fournis par la Commission des camps (organe créé par les organisations de bienfaisance en zone libre), en évaluer le nombre approximatif au mois de juin 1941 à 26 500 environ, se répartissant comme suit :

Camps de la métropole 

Camps de répression :

  • Le Vernet 1500 (hommes)
  • Rieucros 200 (femmes)

Camp d’hébergement :

  • Gurs 5000 (hommes & femmes)
  • Argeles 400 (hommes)
  • Noé 1550 (hommes, femmes, vieillards, & enfants)
  • Recébedou 1300 (ditto)
  • Rivesaltes 6000 (familles avec à peu près 2500 enfants)

Camps de prestataires :

(Agen, Septfonds, etc) 2000

Camps d’embarquement :

Les Milles , Terminus, Bompard, etc) 1200

Camps d’Algérie :

  • Djelfa (venus du Vernet à d’Argeles) 1000
  • Boghari (camp de répression)
  • Et Colomb Béchar (démobilisés) 5000

Camps du Maroc :

  • Kasbah-Tadla (passagers du « Wyoming », du « Mont viso », et de l »Alsima » 500
  • Oued-Zem 200
  • Azenmour 200
  • Bou-Arfa (démobilisés) 400

1300

TOTAL : 26 450

Voici quelques précisions concernant certains de ces camps :

Le Vernet – Un certain nombre de lettres que nous avions adressées aux internés nous a été retourné avec la mention « parti en Allemagne ». Nous avons appris qu’en effet des travailleurs avaient été recrutés au Vernet et dans d’autres camps par la Commission Todt et qu’ils ont été dirigés sur l’Allemagne ou les territoires occupés comme prestataires.

Rasbah-Tadla, Oued-Zem et Azenmour – Un paragraphe spécial est consacré plus loin à l’action de la HICEM en faveur des passagers de l’ Alsina », du Wyoming, et du Mont-Viso, internés dans les trois camps mentionnés dans la région de Casablanca.

Les Milles, Terminus, Bompard, Atlantique, Levant (camps d’embarquement)

enfantsbompard

Enfants Camp de Bompard 1942

 

Si malgré tous nos efforts, le nombre des internés acheminés outre-mer a été relativement faible, ceci s’explique par les difficultés considérables auxquelles nous nous heurtons dans l’accomplissement de notre tâche.

En effet, ce n’est qu’à partir de Février dernier que les transferts des camps d’hébergement, etc, aux centres d’embarquement ont commencé sur une grande échelle. Encore, étant donné le manque d’expérience des autorités des camps, ces transferts au début ont-ils été peu judicieux : des personnes ont été transférées qui n’avaient aucune chance réelle d’émigration à bref délai ; d’autres au contraire, qui remplissaient les condit ions voulues, n’ont pas été transférées. Prouver le droit de ces derniers à un traitement spécial n’est pas chose facile…

Il s’ajoute à cela le ralentissement de l’octroi de visas américains – résultat de la nouvelle réglementation.

Il est évident que notre activité en faveur des internés dépendra essentiellement de la manière, dont seront appliqués les nouveaux règlements concernant l’admission d’étrangers aux Etats-unis. S’ils sont appliqués avec trop de rigueur, ou trop de lenteur, notre tâche s’en trouvera fortement compromise. Dans le cas contraire notre activité prendra un nouvel essor.

L’importance de la décision de Washington est d’autant plus grande que le nombre des quelque 26 500 internés du moment ira en augmentant étant donné les dispositions prises récemment par les autorités françaises.

Nous avons en vue l’application de la loi au 1er Octobre 1940 ayant trait à l’incorporation dans les formations des travailleurs étrangers des réfugiés « en surnombre dans l’économie nationale », c’est-à-dire, ceux de 18 à 55 ans qui sont à la charge des œuvres et reconnus aptes au service de travail. Les familles des réfugiés ainsi incorporés peuvent être placées dans les centres d’hébergement, autrement dit, dans les camps. De ce fait l’émigration des personnes non internées devient un problème aussi urgent et grave que celui des internés auxquels elles seront sans doute bientôt assimilées.

Compte tenu de tout ce qui précède, nous avons pris les mesures nécessaires pour faciliter aux internés désireux de se rendre aux Etats-Unis, les rapports avec leurs parents afin que ceux-ci soient mis en mesure, le plus rapidement possible, de remplir les notices biographiques et d’établir les affidavits requis.

Nous avons déjà fait imprimer et distribuer aux différents camps et comités locaux, sur leur demande, cinq mille formulaires « B » et sommes sollicités de leur faire parvenir encore à peu près autant de formulaires, tant est fort et urgent le désir d’émigrer des Juifs se trouvant en France.

Notre tâche actuelle consiste donc avant tout en une préparation aussi efficace que possible des dossiers d’émigration, vu que les convocations au Consulat des Etats-Unis commencent seulement d’être envoyées. Dès que le mouvement vers le consulat prendra une ampleur tant soit peu correspondante aux efforts des intéressés de se procurer les documents nécessaires, nous pensons pouvoir agir en sorte que le transfert aux camps d’embarquement soit suivi immédiatement des démarches consulaires et aussitôt après de l’acheminement effectif des internés vers les ports d’embarquement.

Il est juste de reconnaître que les autorités françaises font à l’heure actuelle tout leur possible pour faciliter le départ des personnes se trouvant dans les camps d’embarquement que notre expérience nous permet de leur faire le cas échéant.

Nos rapports avec les administrations publiques française :

Au cours de cette période, la HICEM a continué d’entretenir des rapports étroits avec les autorités françaises, et notamment avec les divers services de la préfecture des Bouches-du-Rhône. Dans quelques cas particulièrement délicats, nos interventions et le crédit dont nous jouissons auprès des autorités qui reconnaissent et apprécient nos efforts, nous ont permis d’arriver à des résultats très satisfaisants.

C’est ainsi qu’au début du mois de juillet 1941, le gouvernement français ayant prescrit des mesures de contrôle à l’encontre de tous les russes résidant en France, les services de police de Marseille ont appréhendé pour vérification de papiers toutes les personnes de nationalité ou d’origine russe. Parmi celles-ci se trouvaient indépendamment de quelques de nos collaborateurs, un groupe d’une trentaine d’émigrants, dont nous préparions le départ par le navire  Navemar , qui devait quitter Cadix le 10 juillet. La vérification des identités des russes se prolongeant pendant plusieurs jours, nous risquions, par une détention trop prolongée de nos émigrants, qu’ils ne soient pas libérés à temps pour s’embarquer au jour prévu. Par une intervention auprès des autorités supérieures compétentes, nous avons obtenu pour un de nos collaborateurs l’autorisation de réunir tous nos émigrants d’origine russe devant partir par ce bateau et, sous sa conduite personnelle, de les emmener au lieu de contrôle des papiers. Leurs dossiers, ainsi que ceux de nos employés, ont été examinés par priorité sur l’ensemble des cas soumis à la police de Marseille et, grâce à la compréhension rencontrés de la part des services administratifs, leur relaxe a aussitôt été prononcée, de la sorte que tous ont pu être prêts à temps pour la date fixée pour le départ.

Le départ de ce même bateau Navemar a donné lieu encore à un problème très sérieux que nous avons également pu résoudre heureusement. Un de nos protégés, prestataire dans un groupement de travailleurs étrangers (Ernst Rotdchild), était prévenu le 5 juillet que des places étaient réservées pour lui, sa femme et son enfant sur ce bateau. La date de départ étant primitivement fixée au 10 Juillet, l’intéressé fut obligé de venir d’urgence à Marseille, chercher ses visas, avec une permission provisoire de son chef de groupe, mais sans avoir obtenu son certificat de libération du groupement de prestataires, document indispensable cependant, dans les cas des prestataires pour recevoir le visa de sortie de France. Rappelé par télégramme à son groupe, il fut inculpé de tentative de désertion et envoyé en représailles pour 3 mois au camp de discipline. Ayant appris cette sévère décision, nous avons fait tous les efforts en notre pouvoir pour démontrer la bonne foi de cet émigrant et obtenir la révision de sa punition et sa libération. Heureusement pour Rotschild, le départ du Navemar était retardé ; il n’était donc pas exclu que si nous réussissions à obtenir rapidement la libération de notre protégé, il pouvait encore retrouver en Espagne sa femme et son enfant d’un an qui avaient déjà rejoint le bateau. Nous sommes intervenus successivement d’une manière très détaillée, très ferme et très instante, auprès des autorités. Nous nous sommes mis en rapport dès le 11 juillet, avec la direction du camp de discipline et avec le directeur du groupement de prestataires dont l’intéressé faisait partis. Il s’en est suivi un échange de télégrammes et de communications téléphoniques. Le 20 Juillet nous avions la satisfaction d’apprendre que l’administration reconnaissait le bien-fondé de nos observations et faisait droit à notre demande. Le prestataire en question était libéré du camp de discipline, où grâce à nos efforts il n’était ainsi resté que 10 jours au lei de 3 mois, et a reçu le document de libération définitive du service des prestataires. Nous avons pu de la sorte le mettre en route pour Séville où il est arrivé à temps pour rejoindre « Navemar » et retrouver sa famille. La préfecture de Marseille, sur nos instances, avait accepté d’envoyer télégraphiquement au chef de groupement dont l’intéressé relevait, la confirmation officielle du bien-fondé de nos démarches, confirmation réclamée à titre de garantie par l’autorité disciplinaire.

Enfin, en dehors des exemples typiques ci-dessus, nous avons fait à de nombreuses reprises des démarches en faveur de personnes en instance d’émigration qui étaient brusquement refoulées de Marseille par envoi en résidence forcée dans des départements éloignés ou par expulsion pure et simple hors les limites du département. Dans beaucoup de ces cas nous avons pu faire sursoir à l’exécution de ces mesures, en justifiant des efforts que nous faisions pour assurer l’émigration hors de France des intéressés.

 

Fiche d'internement

Fiche d’internement

Préparatifs de départ avant l’embarquement à Marseille3

Les personnes transitant par le Maroc sont avisées que les bateaux à destination de Casablanca et les conditions de voyage sont arrêtés par la Préfecture des Bouches-du-Rhône. Une fois en possession du visa marocain, les partants doivent se rendre aux bureaux de la douane : 52, bld de la Major, avec les cartes et les tickets d’alimentation. Heures d’ouverture permanence de 7 à 2O heures. Ils doivent ensuite se rendre à la police du port : I quai de la la Joliette, avec tous les documents ayant trait au voyage (sauf conduit, passeport, etc…). Heures d’ouverture : 8 à 12 et 14 à 18 heures.

Ceci fait, les partants se rendent au bureau de la compagnie de navigation mentionnée dans la fiche qu’ils ont reçue de la préfecture. Les guichets sont ouverts jusqu’à 17 heures. La compagnie de navigation met à la disposition des voyageurs une fiche blanche de devises qu’ils doivent remplir et remettre aux autorités françaises au moment de l’embarquement à Marseille.

AVIS IMPORTANT

Malgré nos instructions, un certain nombre de personnes des précédents transits sont parties au Maroc avec des billets français de cinq mille francs, qui non seulement sont inéchangeables au Maroc, mais dont l’importation y est strictement interdite. Une fois les billets payés, on dépose les bagages au hangar de départ indiqué par la compagnie de navigation. La présence des intéressés est indispensable pour assister au contrôle de la douane et au plombage des bagages. Ceux qui veulent faire prendre les bagages à domicile, en gare, etc… , peuvent s’adresser à une agence de voyage. Les bagages doivent porter deux étiquettes : l’une collée à même le colis, l’autre suspendue par une ficelle. Les deux étiquettes doivent porter le nom de l’intéressé, son adresse dans le pays de destination et la voie empruntée, par exemple via Oran, Oujda, Casablanca.

 TRANSIT PAR CASABLANCA

Conditions de séjour à Casablanca

Au début de l’année 1942, les autorités marocaines décidèrent de ne plus admettre librement de transitaires à Casablanca même, en raison de leur nombre très élevé, mais de les cantonner, sous une surveillance policière assez légère, dans la banlieue casablancaise, dans trois salles qui furent louées par nos bureaux de Casablanca, deux presque contiguës et une éloignée de quelques kilomètres, située au bord de la mer.

La nourriture était préparée par les propriétaires des salles, à un prix élevé que nous dûmes débourser et ne pûmes récupérer qu’avec difficulté et incomplètement. En outre, il a fallu faire délivrer par la municipalité des bons de nourriture aux propriétaires des salles qui n’auraient pu, autrement, se procurer le ravitaillement et le combustible.

Pour éviter, lors des transits futurs, des pertes très importantes (fr. 250 000 pour les transitaires des « SERPAPINTO » et à couvrir les frais de transport des bagages, les frais d’autocar, d’hébergement et de nourriture, nous nous voyons contraints de demander à chaque personne une somme de 50 francs pour chaque jour de séjour à Casablanca. Suivant la durée du séjour et le montant final des frais occasionnés, l’excédent sera rendu à Casablanca ou un supplément demandé.

L’attention des émigrants est attirée sur le peu de confort de leur installation dans les centres qui les recevront à Casablanca et où, pour dormir, ils ne trouveront qu’une paillasse.

Réservation des places au départ de Casablanca

Nous ne pouvons prendre aucun engagement ferme en ce qui concerne, sur le bateau au départ de Casablanca, les places en deuxième classe et en 3éme cabine. Cela vaut surtout pour les 3èmes cabines, puisque les quelques places habituellement disponibles à l’escale de Casablanca doivent être réservées aux personnes ne pouvant voyager en dortoir pour des raisons d’âge ou de santé.

Argent

On ne peut emporter au Maroc plus de 200 francs en billets français ; mais on a la faculté d’emporter, sans autorisation et sur simple déclaration souscrite, jusqu’à 5000 francs en billets algériens ou marocains que l’on peut se procurer sans formalités. Pour les sommes supérieures à 200 francs en billets français, on ne peut que faire virer le montant voulu par l’intermédiaire d’une banque agrée ayant une succursale ou un correspondant à Casablanca. Ce virement peut être effectué sans qu’il soit nécessaire de demander une autorisation préalable.

Il suffit de procéder au virement lors de la présence des émigrants à Marseille, la veille de leur embarquement. Cependant, comme, dans le cas du « SAN THOME », les passagers arrivés à Casablanca peuvent être transbordés directement sur le paquebot assurant la continuation vers leur destination d’outre-mer. Puisque, dans ce cas, ils ne sont pas en mesure de toucher l’argent viré, ils doivent prendre toutes dispositions pour le remboursement éventuel avant le départ de Marseille.

L’attention des passagers est attirée sur l’impossibilité de recevoir à Casablanca des dollars à titre d’argent de bord.

ATTENTION

Les bagages restent plombés jusqu’à l’embarquement à Casablanca, il faut emporter tout ce dont on peut avoir besoin pendant le séjour à Casablanca. Il est particulièrement conseillé d’emporter des couvertures, des sacs de couchage, un peu de vaisselle, car les conditions de logement Casablanca ne peuvent être améliorées sans que cela entraîne de grandes dépenses.

Les pièces nécessaires à l’émigration, telles que « application » et autres, doivent être placées dans des bagages à main destinés à être emportés dans des centres d’hébergement à Casablanca. Maints émigrants de ceux arrivés par le dernier convoi avaient eu l’idée de placer ces documents, pourtant essentiels pour leur émigration, dans les grosses malles qui ne peuvent ouvertes sur les quais à Casablanca, ces gros bagages étant expédiés en transit international, gardés à la douane en consigne et ré embarqués sans être visités par les autorités douanières.

Courrier

Nous recommandons aux futurs transitaires de se faire adresser leur courrier non plus « poste restante », mais plutôt c/o HICEM, 35 Rue pas de Calais, pour qu’une bonne et rapide distribution des lettres et de documents soit assurée.

HICEM Casablanca

Médicaments et soins

Ceux qui, étant malades, ont besoin de spécialités pharmaceutiques, doivent se les procurer avant leur départ de Marseille.

De même, les personnes souffrant de maux de dents doivent se faire soigner avant de quitter Marseille, car elles ne seraient pas autorisées à s’absenter dans ce but des centres d’hébergement à Casablanca.

Photographies

Chaque transitaire âgé de plus de 15 ans doit se munir d’au moins une douzaine de photographies genre passeport.

Nous ne mentionnons que pour mémoire l’action de la HICEM au Maroc à laquelle est consacré un rapport spécial de notre délégué se trouvant encore à Casablanca. Disons seulement qu’au mois de Juin, un de nos collaborateurs a été envoyé à Casa pour organiser le départ des émigrants qui se trouvaient à bord des navires Wyoming , Mont-Viso et Alsina  et qui ont été débarqués au Maroc par suite de la suspension du trafic vers la Martinique.

D’ores et déjà, nous indiquons ici que sur les quelques 950 personnes qui se trouvaient internées dans les camps du Maroc, 390 passagers titulaires de visas d’immigration aux Etats-Unis ont pu être embarqués sur les navires  Nyassa et Guine, qui ont fait escale à Casablanca sur leur route de Lisbonne à New York.

Notre délégué se préoccupe encore de trouver une solution qui permette l’acheminement des émigrants restant au Maroc et dont la destination est l’Amérique Centrale et du Sud. D’autre part le Consul des Etats-Unis à Casablanca doit procéder au renouvellement des visas périmés, pour qu’un bateau de la ligne Lisbonne – New York puisse à nouveau venir faire une escale exceptionnelle à Casablanca pour prendre à bord les émigrants de cette catégorie.

En arrêtant ici notre bref exposé de cette action nous sommes en droit de mentionner quand même avec la fierté légitime que les multiples obstacles qui faisaient paraître trop téméraire si non irréalisable le projet de l’émigration en question ont pu être surmontés uniquement grâce au « standing » de la HICEM. Les autorités centrales à Vichy ainsi que celles de la Résidence, les dirigeants de la Banque d’Etat au Maroc aussi bien que les représentants des Compagnies de navigation à Marseille et à Casablanca ont fait tout en leur pouvoir pour permettre à notre délégué de mener à bonne fin cette action entreprise par l’initiative de la HICEM. Ce succès incontestable est le résultat de longs et patients efforts fournis par la HICEM dans des conditions extrêmement difficiles au cours de cette sombre année d’exil.

 

Prochaine publication: Lisbonne

 

 

1 Extrait de la présentation de Valery Bazarov  IAJGS, Paris 2012

2 Transcription du rapport HICEM, CDJC, Paris, CDXIV-51

3  Transcription du rapport HICEM, CDJC, Paris, CDXIV-49





















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