Alexandre Glasberg

Français d’origine slave, catholique d’origine juive, prêtre aux idées sociales de gauche[1], 1902-1981

 

 

Alexandre Glasberg à Chansaye , CDJC

Les biographies officielles de l’Abbé Glasberg commencent toutes de la même manière « Né en 1902 dans une famille de l’importante communauté juive de Jitomir, alors en Russie tsariste, aujourd’hui en Ukraine, Alexandre Glasberg n’a volontairement donné que peu d’informations sur sa famille. De fait, ses années ukrainiennes sont peu connues. La conversion de sa famille au catholicisme est tantôt affirmée, tantôt seulement supposée. Ce qui est certain, est qu’il quitte l’Ukraine en 1920, avec d’autres membres de la famille. L’Ukraine vient de vivre trois années de révolutions et de guerres au cours desquelles les juifs ont subi de terribles pogroms. Il est à Vienne en 1921 inscrit dans une école supérieure de commerce »

Ici nous modifions la chronologie sur la base de documents des Archives départementales du Rhône.

En 1929, il arrive en France. Entre les deux, huit années où rien n’est clairement établi, sinon, une longue traversée d’Europe.

Alexandre Glasberg né Kuhlor Glasberg est le fils de Savil et de Berthe née Numsowicz, il déclare être né à Nowa Chartoriya

En 1932, il est admis à l’Institut catholique de Paris, et le 8 juin 1933, il est rebaptisé (il aurait été baptisé selon ses dires lorsqu’il était petit). De séminaires en abbaye, il arrive ensuite à Lyon pour suivre des études de théologie.

Extrait du dossier de la police des étrangers, AD 3491W118

Ordonné prêtre le 24 septembre 1938 dans l’Allier, il demande l’année suivante à rejoindre le diocèse de Lyon et est nommé vicaire à Notre-dame de Saint-Alban, une paroisse d’avant-garde où l’abbé Laurent Rémilleux effectue un travail pionnier dans l’accueil au réfugié et l’aide sociale. A Saint-Alban, est créé à côté de l’église, et de façon distincte, le premier centre social de Lyon. Aussi, l’abbé Glasberg accueille et soutient lui aussi les premiers réfugiés qui fuient la persécution nazie, et les protège des risques d’internement que le décret Daladier de1938 ainstitué. La défaite de 1940 augmente le nombre des victimes désignées dont les juifs étrangers et les militants politiques allemands et autrichiens opposants au régime nazi.

Dans la suite logique de son action à Saint-Alban, il propose au cardinal Gerlier, archevêque de Lyon de créer un Comité d’Aide aux Réfugiés (CAR), dont ce dernier accepte la présidence.

Vient ensuite la création de DCA (novembre 1941) et des centres d’accueil, de l’Amitié chrétienne (début 1942) où collaborent, fait inhabituel pour l’époque, des catholiques (le père Chaillet, secrétaire de l’Amitié chrétienne, Jean-Marie Soutou, un proche d’Emmanuel Mounier de la revue Esprit, une jeune étudiante Germaine Ribière), des protestants (le pasteur de Pury, André Philip, Olivier de Pierrebourg, Madeleine Barot, responsable de la CIMADE).

Comme le souligne Bernard Comte, historien spécialiste des relations entre l’Eglise catholique et les juifs à Lyon, l’abbé Glasberg « a été la cheville ouvrière d’une œuvre lyonnaise, l’Amitié chrétienne, chaînon essentiel dans la transformation, bien au-delà de Lyon, des relations entre les catholiques et les Juifs dans notre pays [la France]« .[2]

 

 

L’abbé Glasberg est partout, et surprend.

L’abbé Glasberg est présent auprès de toutes les structures qui cherchent à aider les réfugiés et les persécutés. Il a des contacts avec la Fédération des sociétés juives de France, la CIMADE (Service Œcuménique d’entraide), la HICEM[3], le Service Social d’Aide aux Emigrants (SSAE), etc. C’est d’ailleurs cette position incontournable, entre les œuvres juives où il est connu et les œuvres catholiques ou protestantes qu’il côtoie, qui font qu’il devient un interlocuteur privilégié et primordial pour toutes ces structures.

L’abbé Glasberg, surprend au sens propre et au sens figuré.

Lucien Lazare, dans la biographie qu’il a consacré à l’abbé Glasberg écrit : « A l’heure du déjeuner, il se rendait parfois rue Lanterne où, dans un entresol délabré, un restaurant miteux servait des repas préparés selon les règles de la cuisine rituelle juive. Pas cérémonieux le moins du monde, ce curé saluant en yiddish les consommateurs d’une voix tonitruante causait une surprise de taille. Mais il dissipait vite l’embarras, instaurant une ambiance de fraternelle complicité« .[4]

Au figuré, cet homme d’église ne craint pas plus la hiérarchie que l’autorité, et n’hésite pas à enfreindre la légalité pour arriver à ses fins. Selon Richard Prasquier, alors président du comité français pour Yad Vashem, « Il prend tranquillement l’habitude du travail clandestin, en cachette d’une hiérarchie frileuse« . Il fournit des faux-papiers, organise des passages en Suisse, déplacent les personnes menacées d’un centre à un autre, fournit des cachettes par l’intermédiaire des membres de son réseau, etc. Il participe également au sauvetage de 108 enfants juifs raflés en août 1942 et enfermés au camp de Vénissieux.

L’invasion de la zone sud par les Allemands provoque la dispersion des équipes de l’abbé Glasberg qui est lui-même directement menacé et contraint de quitter Lyon à la fin de 1942. Il réapparaît sous l’identité d’Elie Corvin dans le Tarn-et-Garonne, comme curé d’une petite paroisse rurale et continue son travail de résistance. Il diffuse dans la région les Cahiers du Témoignage chrétien, dont le père Chaillet est le maître d’œuvre depuis novembre 1941, participe aux opérations de réception des parachutages de la RAF, prend part au Comité de Libération du Tarn-et-Garonne avant de retourner à Lyon.

En 1944, l’abbé Glasberg fonde l’association Service des étrangers qui devient Centre d’Orientation Sociale des Étrangers en 1946 puis Centre d’Orientation Sociale en 1960. En 1971, il est co-fondateur de l’association France Terre d’Asile. Chevalier de la légion d’honneur en 1972, il décède le 22 mars 1981. Il recevra avec son frère Victor Glasberg, arrêté en 1943 et mort en déportation, la médaille des Justes des Nations à titre posthume en 2004.

 

 

 


[1] LAZARE Lucien, L’abbé Glasberg. Paris : Editions du Cerf, 1990.

[2] COMTE Bernard, L’Eglise catholique et les juifs à Lyon pendant la guerre 1939-1945. Remise de la médaille des Justes des Nations. Lyon, 2004.

[3] HICEM a été formé par la fusion de trois associations de l’immigration juive, le HIAS (Hebrew Immigrant Aid Society; ICA (Jewish Colonization Association) à Paris, and Emigdirect, une organisation d’émigration basée à Berlin. Le Nom de HICEM est un acronyme de HIAS, ICA, et Emigdirect.

[4] LAZARE Lucien, L’abbé Glasberg. Paris : Editions du Cerf, 1990, pp.33-35.

 





















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  2 comments for “Alexandre Glasberg

  1. perthuis-Portheret
    19 novembre 2013 at 11 h 18 min

    C’est bien malheureux que Valérie Perthuis-Portheret, l’auteur de l’ouvrage « Août 1942. Lyon contre Vichy. Le sauvetage de tous les enfants juifs du camp de Vénissieux » (Ed. Lyonnaises d’Art et d’Histoire mars 2012) préfacé par Maitre Serge Klarsfeld ne soit pas citée dans votre article ni dans le reportage de France3.
    Je contact ce jour les représentants des associations qui m’entourent dans mon travail.
    Nous allons nous adresser également à France 3 pour l’usage des photos sans autorisation et sans avoir mentionnées la source
    L’auteure

    • Jewishtraces
      19 novembre 2013 at 12 h 17 min

      J’adore les gens qui parlent d’eux- même à la 3 e personne.
      Avant de vous couvrir de ridicule et de lâcher votre thèse si vous la continuez, sachez que les documents ( la photo du CDJC) et le document des AD69 ont été publiés bien avant votre dernier opus sur notre précédent site Exil ordinaire et ce depuis 2007.
      Vous pourriez aussi faire savoir que vous aviez souhaité me confier vos recherches de thèse l’an dernier.

      J’ai failli ne pas publier votre commentaire mais je vais le faire le ridicule ne tue pas .. heureusement pour vous

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