
Juifs arrêtés lors de la Nuit de Cristal
Les évènements de l’année 1938 sont la démonstration pour Hitler qu’il a désormais les mains libres pour poursuivre sa politique de création d’un espace vital pour le peuple allemand, débarrassé de toute population juive.
L’Anschluss en mars 1938, et les accords de Munich de septembre 1938 ont permis non seulement l’annexion de l’Autriche et de la région des Sudètes, mais ont conforté Hitler dans sa certitude d’être en position de force face aux puissances occidentales qui n’ont pas protesté, voire ont trahi leurs engagements telle la France vis-à-vis de leur alliée tchèque. Par ailleurs, l’échec de la conférence d’Evian en juillet 1938, organisée à l’initiative de Franklin D. Roosevelt pour trouver une solution globale à la question des réfugiés juifs autrichiens et allemands, est perçu par les nazis comme l’accord tacite des Etats à les laisser décider du sort des juifs comme ils l’entendent. On est en droit de se demander si cet échec n’a pas fait prendre conscience aux dirigeants nazis qu’aucun pays n’interviendrait lorsqu’ils décideraient de procéder radicalement à la libération du Reich allemand de toute présence juive.
Hitler atteint un point crucial de ses projets : l’extension de son territoire sans obstacle, et la possible éviction des juifs par la force, puisqu’aucune nation ne semble vouloir les accepter. L’assassinat d’Ernst vom Rath par Herschel Grynspan lui en offre l’occasion.
La loi polonaise de dénationalisation : une réponse à l’Anschluss.
Au ministère des affaires étrangères polonais, l’antisémitisme du ministre Joseph Beck est connu. Aussi, après l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne, la principale préoccupation du ministre porte sur les 20 000 juifs polonais installés en Autriche, qu’il ne veut pas voir revenir. Il est décidé à leur faire « un maximum de difficultés »[1] et des instructions aux postes consulaires incitent à « faire des chicanes »[2]. Toutefois, c’est de manière radicale que Joseph Beck compte régler le problème. Dans un premier temps, une loi de dénationalisation est adoptée le 31 mars 1938. Elle autorise à déchoir de sa citoyenneté tout Polonais séjournant à l’étranger depuis plus de cinq ans. L’objectif premier est de rendre impossible aux juifs, citoyens polonais, un retour vers la Pologne depuis les pays pris ou menacés par l’Allemagne hitlérienne[3].
Dans un second temps, le ministère de l’Intérieur de Pologne publie le 6 octobre 1938 un décret qui oblige chaque citoyen polonais à l’étranger à faire valider son passeport au consulat en y faisant apposer la mention « vérifié conformément au décret du ministre des affaires intérieures du 6 octobre 1938″. Le gouvernement polonais prend ce prétexte de vérification des passeports pour effectuer un large contrôle, mais bien souvent la validation est refusée pour les juifs polonais, quand leur passeport n’est pas tout simplement supprimé[4].
La publication de cette directive a des répercussions en Allemagne. Hitler n’accepte pas se faire imposer la présence des juifs polonais. Aussi, le 28 et 29 octobre 1938, il fait procéder à l’arrestation de 20 000 juifs polonais vivant en Allemagne qu’il fait déporter vers la Pologne.
Les déportations ont eu lieu dans toute l’Allemagne. Les déportés n’ont été autorisés à prendre que dix Marks par personne. On leur a interdit d’emporter toute valeur et n’ont pas eu le temps de mettre leurs affaires en ordre. La majorité d’entre eux ont été expulsés par train, mais de grands groupes ont été déportés à pied et ont été battus et forcés à traverser la frontière polonaise. Les déportés ont été parqués dans des casernes et des moulins à farine et ils ont enduré des conditions de vie inhumaines.
Cependant, Varsovie déclare que rien ne l’oblige à les recevoir, puisqu’ils sont déchus de leur nationalité.
« Rejetés par les Allemands, interdits de séjour en Pologne, quelque 5 000 juifs échouent dans le petit village frontalier de Zbaszyn »[5], un no man’s land entre les deux pays. Parmi ces déportés, Sendel et Rifka Grynszpan, ainsi que leur fille Berta.








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Nous nous souvenons et des bourreaux et des victimes!
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