Lifting ou botox pour le Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon

Lorsqu’en octobre 1992 j’assistais au colloque d’ouverture du Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation à Lyon, cinq ans après le verdict du procès de Klaus Barbie, j’avais en tête une seule voix celle de Marcel Wyler qui était mort quelques mois plus tôt.

Il avait été torturé, interrogé dans les caves du CHRD puis déporté à Mauthausen depuis Compiègne. Combien d’hommes et de femmes présents ce jour là, étaient-ils des survivants de la barbarie nazie ? Combien étions-nous à être liés à des victimes ?

J’ai écouté le témoignage de Simone Lagrange racontant l’assassinat de son père à Auschwitz devant ses yeux, elle le répétait déjà depuis cinq ans et avait ajouté des éléments depuis son témoignage premier, celui de son audition lors du procès Barbie. L’auditoire était silencieux, l’émotion plus que la réflexion.

J’ai écouté le discours du maire de Lyon, Michel Noir dont le père avait survécu à la déportation. Il avait voulu ce projet par fidélité à son père, avait confié à Alain Jakubowicz, alors adjoint au Maire de Lyon, la délégation pour en superviser la mise en oeuvre.

J’ai écouté Elie Wiesel, Chaban-Delmas, Pierre Messmer et les autres. Des leçons de courage, d’engagement. La force des acteurs de l’histoire.
J’ai attendu quelques semaines pour visiter l’exposition permanente, puis le sous-sol où je suis restée. Seule.

 

 

Michel Noir, Alain Jakubowicz, Jacques Chaban-Delmas, Marios Soares et Elie Wiesel lors de l’inauguration du CHRD, creative commons Bibliothèque municipale de Lyon

Plus tard bien plus tard j’ai rencontré la directrice de l’établissement Sabine Zeitoun. Je n’aimais pas le casque que les visiteurs devaient porter pour avoir des explications, je n’aimais pas les choix de scénographies, les reconstitutions. L’ancien siège de la Gestapo était suffisamment chargé sans qu’il ait été nécessaire de mettre en scène l’époque. L’ancienne école de santé militaire réquisitionnée en 1943 avait vu défiler des centaines de personnes, hommes, femmes et enfants dans ses caves. Leurs voix y résonnaient pour qui cherchait à les entendre.

Trente ans plus tard l’exposition permanente a été partiellement révisée par la directrice actuelle, Isabelle Rivé et l’ancien découpage de la narration en trois concepts – Engagement, Opinion et propagande et Espace Temps- a disparu au profit de quatre parties. Artifice de changement , maquillage ou mise à jour du discours muséal, nous ne pouvons nous prononcer.

Un nouveau parcours ?

Le cheminement dans l’exposition débutera par une introduction revenant sur l’histoire du lieu, notamment son occupation par la Gestapo et Klaus Barbie en 1943. Je comprends moins ce que Marc Bloch né à Lyon, viendra y faire. Son parcours d’historien, de résistant, de juif persécuté aurait pu constituer un fil rouge tout au long du parcours muséal. Mais nous verrons le traitement qui lui est réservé dans cette introduction.

On nous annonce que le cœur de l’exposition sera articulé€ autour de six parties chrono-thématiques : Une ville en guerre – Vers l’unification – La lutte armée – Le danger-  La déportation des résistants – La persécution et la déportation des Juifs.

Nous n’avons pas plus de détail à ce jour alors attendons. L’espace de reconstitution a hélas été conservé, il semblerait que cet espace ait trouvé son utilité de médiation auprès des publics ; c’est la seule partie de l’ancienne exposition qui demeure inchangée. C’est celle que je conseille de passer à un public adulte et éduqué.

Le casque et l’audio guide seront remplacés par un visioguide sur tablette tactile et j’imagine des écouteurs pour le public.

Nous avons reçu des précisions sur le visioguide qui est développé sur tablette Archos et l’appli en Java sous Androïd sera téléchargeable début 2013.

Dans un premier temps (novembre à janvier) seules les versions anglaises des textes seront disponibles sur le visioguide

Le développement sera opérationnel début 2013 : parcours junior, interventions de spécialistes pour apporter des compléments d’information, précisions sur une sélection d’objets et documents, témoignages d’anciens résistants, déportés, survivants de la Shoah, enfants cachés…

Le CHRD compte exposer la richesse de ses collections et mettre en lumière sept témoins parmi les sept cents témoignages dont il dispose. Pourquoi ne pas donner accès à une banque de témoignage, étrange choix que la restriction alors que les voix se sont éteintes et que les derniers témoins disparaissent. La Shoah sera évoquée dans différente séquences de la visite, on nous assure qu’un quart du narratif y est consacré.

 Un ancrage local

Selon le dossier de presse, la volonté a été de mettre l’accent sur l’histoire de Lyon

« Un discours recentré sur Lyon grande métropole de la zone non-occupée, Lyon accueille de nombreux réfugiés et devient le creuset d’une résistance précoce. La nouvelle exposition mettra en avant les spécificités de la ville durant la Seconde Guerre mondiale, qui lui ont valu son titre de Capitale de la Résistance »

L’entrée du CHRD avenue Berthelot à Lyon

Trouver une nouvelle place

Lorsque il y a vingt ans le CHRD a ouvert ses portes, le mémorial d’Izieu était à peine en travaux, le Mémorial de la Shoah pas encore en projet, Mitterrand n’avait pas encore institué la journée commémorative des victimes juives du gouvernement de Vichy, il annonça cette décision le 3 février 1993. Izieu fut inauguré le 24 avril 1994 et le Mémorial de la Shoah en 2005.

Le CHRD qui avait été précurseur parmi les Musées de mémoire dédiés à la Seconde Guerre Mondiale, doit trouver sa place pour demain, visiblement le choix ou le manque de moyens font que rien n’est prévu pour une présence en ligne plus visible. Le CHRD n’est pas encore entré dans l’ère de la muséographie digitale et choisit de terminer son exposition par un diaporama qui nous laisse songeur quand au choix technique de support à la conclusion.

Sabine Zeitoun s’était entourée de vingt et un historiens pour la publication du catalogue en 1997. Un catalogue de la nouvelle exposition est annoncé mais nous n’avons aucun détail sur son contenu et il semble qu’aucune collaboration extérieure n’ait été demandée.

Donnons donc rendez-vous à Isabelle Rivé le 16 novembre pour nous faire une idée sur pièce et voir si le CHRD a bien négocié son lifting et si un jour il deviendra un acteur digital du monde des Musées.

 

 

 

 

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  2 comments for “Lifting ou botox pour le Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon

  1. 29 mai 2014 at 14 h 09 min

    Je ne pense pas qu’un lifting soit nécessaire à un musée. C’est justement l’ancienneté qui attire les gens vers les musées. Mais par contre je suis pour l’entretien. Il ne faudrait pas non plus qu’ils tombent en ruine.

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