L’internement des juifs étrangers au château du Doux 1942-1944

 « Il n’y avait pas de Juifs en Corrèze » telle est la réponse la plus fréquente à la question de leur  présence dans le département durant la période 1940-1944. Par ailleurs, dans le cadre général de l’histoire des Juifs en France durant ces années, le cas de la Corrèze a été peu étudié et il n’est pas inutile de se reposer les questions : Ont-ils été nombreux à se réfugier en Corrèze ? Comment y ont-ils été reçus ? Quelles ont été les mesures prises à leur encontre ? Comment la population a-t-elle réagi ?

Depuis quelques années, des articles, des ouvrages paraissent sur cette question[i] : nous savons aujourd’hui qu’il y a bien eu en Corrèze, des camps et des centres d’internement et d’assignation à résidence destinés aux Juifs. L’histoire de l’un de ces centres, celle du Château du Doux d’Altillac éclaire d’une façon singulière la politique menée à l’égard des Juifs dans ce département et mérite une attention particulière.

Bien entendu, l’accueil des Juifs en Corrèze est d’abord fonction du dispositif général mis en place par le gouvernement de Vichy dès 1940[ii]. En 1941 et 1942, les règlements les concernant deviennent de plus en plus précis et draconiens : le deuxième statut des Juifs[iii], le recensement obligatoire[iv], l’exclusion de la vie publique, des administrations, de l’enseignement, des professions libérales, l’aryanisation des biens juifs, l’encadrement du séjour et de la circulation des Juifs étrangers[v], l’apposition de la  mention « Juif »[vi] sur les titres d’identité et les cartes d’alimentation  délivrés aux Israélites français et étrangers sont autant de coups qui se répercutent dans toute la France.

En bref, ils sont repérés, fichés, puis, regroupés et internés, enfin déportés. A partir du printemps 1942, le gouvernement français va collaborer à cette déportation des  Juifs étrangers. Le premier convoi pour Auschwitz part en mars et dans cette seule année 1942, près de quarante-deux mille  personnes, dont dix mille cinq cents viennent de la zone non occupée, seront envoyées dans les camps de concentration et d’extermination[vii].

 

 Les autorités administratives de la Corrèze face à l’accueil des réfugiés juifs

Dans les années 1930, 70% des Juifs français vivent en région parisienne et les autres sont répartis surtout dans les grandes villes, ce qui laisse supposer qu’effectivement ils devaient être alors très peu nombreux en Corrèze[viii] .

Entre mars 1941[ix]  et septembre 1942[x] les chiffres concernant le recensement de la population « israélite » communiqués à Vichy par le préfet de la Corrèze ne varient guère : il y a alors en Corrèze environ mille cent cinquante  Juifs français et autant de  Juifs étrangers, soit deux mille trois cents au total[xi]. Si ce chiffre peut paraître modeste par rapport à d’autres régions, (ils sont un peu plus de six mille dans le département limitrophe de la Dordogne), il est important pour ce département où ils étaient très peu nombreux en 1939. D’autre part beaucoup de Juifs ne se sont pas fait recenser et les chiffres officiels doivent être relativisés.

 

L’administration craint d’être débordée : le 27 novembre 1941, Fernand Musso, le préfet de la Corrèze demande de l’aide[xii] car, à la suite des rafles et des mesures dont ils sont l’objet en zone occupée, de nombreux Juifs franchissent clandestinement la ligne de démarcation, ce qui pose un problème aux autorités régionales. Le 6 mars 1942, le capitaine commandant la section de Brive envoie une note au Commandant de la Brigade[xiii], car de nombreuses personnes « parfois indésirables et en situation irrégulière », affluent en gare de Brive et il faut les contrôler. Il ajoute : « Les étrangers, juifs en particulier, non en règle du point de vue circulation, seront conduits à la permanence de la police, Monsieur le Sous-préfet se réservant de leur assigner une résidence en attendant qu’il soit statué sur leur cas ».

 

Le préfet de la Corrèze  transmet au préfet régional les plaintes du maire d’Uzerche[xiv], et, dans une lettre du 18 mai 1942, il lui demande  de ne plus assigner de Juifs à résidence dans cette ville qui  manque de logements et de ravitaillement par suite de l’afflux des étrangers. Il ajoute également : « Il ne paraît pas désirable de les répartir dans les communes où il n’existe aucune possibilité de les faire surveiller par les services de police ».

 

Les préfets – préfet régional et préfet départemental – ont une marge de manœuvre étendue : ils ont autorité pour l’application des circulaires et lois ; ils vont recenser, surveiller et assigner à résidence les Juifs étrangers, soit dans des centres de regroupement municipaux (comme à Uzerche), soit dans

les GTE[xv] (pour les hommes valides de 18 à 55 ans), soit enfin comme les pensionnaires du Doux dans un centre d’hébergement payant. Dans ce cas, ils s’appuient sur une circulaire du Ministère de l’intérieur qui les a autorisés à se  servir de cette nouvelle arme :

 

« La circulaire n°39 du 3 novembre vous  [les préfets régionaux de la zone libre] a autorisés à regrouper dans des centres locaux, régionaux ou nationaux, certains réfugiés.  Cette mesure doit être appliquée en priorité aux israélites recensés. Les intéressés assureront à leurs frais, leur logement et leur subsistance[xvi]. » 

   Le problème causé par la présence de ces israélites tracasse Fernand Musso, qui pense que la seule solution consiste à les mettre le plus possible à l’écart :

« Le mieux paraît consister dans la réquisition de quelques propriétés importantes isolées dans les bois et de transformer celles-ci en hôtel pour les Juifs ; ceux-ci y seraient placés en résidence assignée et paieraient pension selon leur situation de fortune. L’adjudicataire de l’exploitation de ces maisons de retraite serait placé sous le contrôle de la police et aurait obligation de respecter scrupuleusement la règlementation des restrictions. J’ai saisi M. le Préfet Régional d’un projet d’utilisation de la sorte du château du Doux, situé à 5 kms d’Altillac et 6 kms de Beaulieu, particulièrement apte à cette expérience d’hôtel forcé pour Juifs[xvii]. »

 La Direction de la police du territoire et des étrangers[xviii]  correspond avec le préfet régional de Limoges  pour mettre en place tous les détails de cet hébergement particulier. La question du financement est primordiale ; un gérant-hôtelier sera responsable des encaissements et de la gestion des locaux, il devra acquitter le loyer au propriétaire et  rendre des comptes réguliers au préfet :

            « Le règlement des sommes dues par l’hôtelier à titre de redevance devra se faire par semaine et d’avance. Ces sommes seront imputées à la ligne de recettes du budget de l’année 1942 –reversement des fonds sur dépenses ministérielles-. A cet effet un ordre de reversement établi au nom de l’hôtelier sera, à chaque échéance, adressé par les soins du ministère de l’Intérieur à l’intéressé lui enjoignant d’avoir à verser les fonds dont il s’agit à la trésorerie générale de Tulle »

 

Le préfet régional ayant demandé une somme de 50 000 francs pour des travaux nécessaires avant l’ouverture du centre, le Secrétaire Général pour la Police répond affirmativement mais en précisant que «  cette somme devra être remboursée par l’hôtelier sur le produit des recettes qu’il encaissera des hébergés ».

D’autres détails sont réglés, avant même l’ouverture du centre. On préconise par exemple un médecin désigné par l’administration (mais dont les honoraires seront évidemment réglés par les intéressés)  et qui devra être sous contrôle :

« Je tiens tout particulièrement à attirer votre attention sur les garanties qui devront présider à ce choix et qui devront notamment mettre le titulaire ainsi désigné à l’abri de toute partialité »

 L’hôtelier devra veiller au bon ordre et faire respecter le règlement, il sera responsable de tout incident. Il devra répondre à certains critères :

« L’exploitant devra être de nationalité française et ne saurait être de confession israélite. Par contre le personnel doit être autant que possible israélite à l’exception du chef et du maître d’hôtel »

Ainsi le préfet régional à Limoges décide, le 11 mai 1942, de créer ce centre à Altillac[xix], au Château du Doux. Faire payer aux juifs fortunés leur propre internement représente un double avantage : les interner, certes, mais dans des conditions plus confortables que dans un camp, tout en réduisant les charges de l’administration et même en en tirant un bénéfice.

A la date du 28 mai 1942  (signature de la convention) « est accordée à M. Boisserie Jean-Baptiste concession de l’hôtel restaurant installé dans la résidence du Château du Doux commune d’Altillac réservée aux Israélites envoyés par l’autorité publique dans la dite résidence[xx]». Le préfet régional demande alors au préfet de la Corrèze de  faire accélérer les travaux, afin de pouvoir recevoir dans les plus brefs délais « les étrangers israélites pourvus de ressources qui franchissent clandestinement la ligne de démarcation ». Les travaux avancent vite, des entreprises de Tulle y participent,  et le préfet de la Corrèze avertit son supérieur qu’il pourra ouvrir le 15 juin 1942.

Le choix du lieu pour implanter un tel site n’est pas le fruit du hasard : Altillac est près de Beaulieu, les deux localités, séparées seulement par la Dordogne sont voisines. Avec Brive et Uzerche, Beaulieu est le troisième centre important de concentration des Juifs en Corrèze et de nombreux réfugiés étrangers y sont assignés à résidence dans les hôtels[xxi], notamment l’hôtel Fournié, ou encore à l’hospice ; à Beaulieu, dans la maison de Veyrières, existe un centre d’accueil géré par les Eclaireurs israélites de France et l’on y trouve aussi, dans les baraquements de La Michoune, un groupe de GTE qualifiés d’« inaptes au travail[xxii] ».

Enfin, le château du Doux répond aux critères recherchés par le préfet Musso : il est situé en dehors d’Altillac, à 7 kilomètres du village, dans un site magnifique, dominant la vallée de la Dordogne, mais isolé et donc  facilement contrôlable.

 

Qui sont les pensionnaires du Château du Doux ? Combien sont-ils ? D’où viennent-ils ?

 Qui sont-ils ?

                Les premiers occupants : ceux qui peuvent payer

Le 19 juin 1942 le préfet écrit aux maires de Corrèze : «  Je vous prie de bien vouloir me faire connaître d’urgence quels sont les Israélites assignés à  résidence dans votre commune à qui leur situation de fortune permet de payer le prix de pension. »

Il faut en effet, pour être accepté au Château du Doux, pouvoir payer 50 francs par jour et par personne pour la seconde classe et 80 francs pour la première classe. Un rapport[xxiii] précise :

« Il y a des personnes qui sont «  dite première classe » c’est-à-dire servies à part et ont une chambre pour eux. Le prix de pension est de 80.- par jour. Ceux : «dit deuxième classe » mangent dans une salle commune par petites tables et sont logées par trois par chambre. La nourriture est la même pour tous »

Pour une famille de quatre personnes cela représente 6000 francs par mois, ce qui est considérable[xxiv]. Le préfet demande également les noms, prénoms, âges, la classe choisie, et conseille un regroupement par famille si possible.

La Commission des camps écrit de son côté à la 6ème Direction UGIF de Brive[xxv] : « le préfet de la Corrèze accorde des permis de séjour au Château du Doux contre remise d’une caution de Frs 10 000 par personne ». Ce dépôt sert à pouvoir obtenir la libération du Doux, il est en effet précisé que : « chaque nouvelle arrivée au château, qui ne dispose que d’un nombre limité de places, entraîne automatiquement la libération d’un réfugié de ce château qui peut se  rendre dans un autre endroit assigné, pour y vivre à ses propres frais[xxvi]. » Ces conditions financières sont difficiles : ainsi Pesa Zaidmann, autorisée à quitter le château, doit encore 3000 francs, et sa libération est subordonnée au paiement de cette dette. Le rabbin qui signale son cas, précise d’autre part, dans cette même correspondance[xxvii], que la plupart des personnes ayant pu produire la caution de 10 000 francs à leur entrée l’ont en général perdue après quelques mois au château. Les candidats sont peu nombreux, et, en juillet 1942, le sous-préfet de Brive écrit au préfet de Tulle[xxviii] pour lui dire qu’il n’a reçu aucune demande. Il a donc contacté le rabbin qui lui a répondu que  « cette offre n’est tentante pour personne dans sa forme actuelle » ; et a ajouté que « si vous aviez permis à l’association cultuelle israélite[xxix] de prendre le château et la propriété du Doux en gérance il y aurait installé un centre agricole peuplé de Juifs de la région. »

 

Il faut cependant trouver une solution et le sous-préfet ajoute donc : « Je ne vois pas d’autre moyen pour l’instant, que d’y envoyer d’office un certain nombre de Juifs ».

 Les indésirables

 Le préfet demande alors aux maires de lui envoyer une liste d’ « indésirables » :

« Pour me permettre d’arrêter la liste des pensionnaires, de ceux ayant fait l’objet d’une mesure d’assignation à résidence et ceux qui dans votre commune se seraient rendus indésirables, après avoir pris soin de relever sur les déclarations de biens que vous avez en votre possession la fortune de chacun d’eux, afin d’être assuré qu’ils pourront payer ».

  Mais la plupart des maires répondent laconiquement « néant », malgré les rappels à l’ordre. A Meymac il n’y a qu’un seul « indésirable » mais il n’a pas les moyens de payer ; le 23 juin, le maire de Beaulieu donne trois noms, celui de Meyssac, quatre, dont trois pourraient être envoyés aux GTE, et un coupable de « marché noir ». Le maire de Lubersac ne désigne qu’un couple : les deux conjoints âgés respectivement de soixante-cinq et soixante-dix ans « ne respectent pas les limites qu’on leur a imposées dans leurs déplacements ». Quant au maire d’Uzerche, il envoie  quatorze personnes pouvant payer.

 Ceux qui sont pris en fraude à  la ligne de démarcation

 Dans un long rapport[xxx] daté du 23 août 1942,  un témoin, Maxime Goldberg, décrit leur situation : seuls les gens ayant de gros moyens peuvent, en payant le prix fort, se loger. Les autres, un millier de personnes) doivent être assistés et dirigés vers d’autres départements car la ville de Limoges, proche de la ligne de démarcation, est submergée. La description de certains de ces réfugiés insiste sur leur détresse morale et physique. Si les Juifs français, après une mise en règle avec la gendarmerie, peuvent retrouver la légalité, il n’en est pas de même pour les Juifs étrangers[xxxi]. Maxime Goldberg  précise que «  Les hommes de 18 à 55 ans sont dirigés vers le  camp de rassemblement de Saillant où se fait le triage. Ceux de 1936 ont déjà été dirigés sur Egletons pour être déportés, tandis que les autres sont affectés aux différents GTE. »

 Concernant le château du Doux,  il a été fixé que la préfecture régionale aurait droit à quinze places seulement, le préfet de la Corrèze souhaitant garder des places pour son département.  Mais, compte tenu des difficultés de remplissage, le 20 juillet 1942, la préfecture de la Corrèze accepte soixante Juifs étrangers de la Haute-Vienne envoyés par la préfecture régionale. Ces passagers clandestins vont fournir une troisième catégorie d’occupants. Ce sont souvent  des femmes, qui franchissent seules la ligne ou encore des personnes âgées ou malades et quelques familles avec des  enfants.

 Les rescapés des camps du sud de la France

 Durant l’année 1942 les grands camps de la zone non occupée vont être peu à peu vidés de leurs occupants. La visite de Théodore Dannecker, chef du service des Affaires juives de la Sipo-SD de Paris, en zone non occupée, en juillet 1942, a pour objectif de déterminer le nombre de Juifs déportables. Parmi ceux-ci, les Juifs étrangers sont les premiers ciblés, car selon la formule de l’ambassadeur d’Allemagne à Paris, Otto Abetz[xxxii] :

« La montée de l’antisémitisme est due, dans une grande mesure, à l’immigration de Juifs de nationalité étrangère… C’est pourquoi le retentissement psychologique sera fort dans les grandes masses de la population française si les mesures d’évacuation concernent en premier lieu les Juifs étrangers et si les Juifs français ne sont déportés pour le moment que dans la mesure où ce sera nécessaire pour compléter les contingents demandés. »

L’ambassadeur ne fait que souligner le rapport étroit de l’antisémitisme en France avec la xénophobie. Rappelons que Pétain, le 3 juillet, donne son aval à la déportation de 10 000 juifs étrangers de la zone sud, tout en mettant l’accent sur la protection à accorder aux Juifs français. L’année 1942 verra cependant partir le premier convoi de Juifs français pour Auschwitz. A partir du 3 août 1942 les camps sont bouclés, on y transfère même des membres des GTE, des femmes et des enfants. Les listes des « déportables » sont établies[xxxiii] avec les principaux cas d’exemption[xxxiv] . Les internés concernés reçoivent une « fiche de criblage » dans laquelle ils doivent fournir de nombreux renseignements et une commission désigne les « partants sûrs » et  les « exemptés[xxxv] ».

A Vichy, le Service social des étrangers[xxxvi] a imaginé, depuis 1941, des solutions pour faire sortir des camps et accueillir un certain nombre de ces exemptés. Gilbert Lesage, après avoir présenté son projet au Consistoire et au Comité de coordination pour l’assistance dans les camps de Nîmes, propose la création de centres payants  pour les Juifs étrangers fortunés. Le Consistoire accepte, le projet de financement ne semble pas être mené à terme, mais il est certain que cette action du SSE permet de faire sortir des camps un certain nombre de personnes et de réunir des familles. « Elle fut l’une des actions qui tentaient, de l’intérieur du système, d’en exploiter toutes les brèches puis d’en adoucir les effets.[xxxvii] »  De leur côté, les associations qui s’occupent de l’hébergement des camps souhaitent trouver une solution pour ces exemptés.  Dans une lettre du 19 juillet 1942[xxxviii] la Commission des camps écrit au rabbin Feuerwerker :

« Nous vous informons que nous étudions en ce moment la possibilité de créer un centre d’accueil pour des personnes âgées ou faibles venant des camps. Nous vous serions reconnaissants si vous pouviez voir avec les autorités de votre région comment cette initiative serait accueillie. Il y aurait lieu de préciser que ce centre ne donnerait pas lieu à une demande de libération mais à un simple transfert et fonctionnerait par conséquent sous le contrôle strict du gouvernement. »

 Et, le 3 août, le rabbin répond[xxxix] que le Château du Doux serait susceptible de répondre à cette demande.

Certains « exemptés » arrivent ainsi au  Château du Doux[xl] durant la fin de l’année 1942 et en 1943, de Nexon[xli], des GTE, ou, pour le plus grand nombre, des grands camps du sud de la France. On en dénombre vingt-huit qui viennent du camp de Gurs, dont quatre hommes, trois couples comme les grecs Léon et Elise Cohen,  les polonais Mendel et Bela Hagler, et le ménage Calka (il vient des GTE et elle de Gurs), les autres étant surtout des femmes dont la famille a été dispersée. Parmi les autres rescapés des camps on trouve Hésia Hoffmanova, de nationalité tchèque, qui vient du camp de Brens (elle s’enfuira peu après), les deux sœurs Karbowitz, Rose et Elsa, sorties du camp de Rivesaltes pour rejoindre leur sœur qui est déjà au Doux (et qui vont s’enfuir également) ainsi que cinq personnes venant de Nexon : Eva Weischselbaum et son fils Max, Morduk Faja un polonais accusé de trafic et qui a fait également un séjour à la prison de Tulle, une tchèque Myriam Friedmann prise à la ligne de démarcation et envoyée ensuite à Nexon, Aron Abramowitz, polonais et Nacha Bokovski, polonaise également, vivant en France depuis 1922 et internée successivement à Nexon et à  Gurs. D’autres viennent des GTE,  comme  Wolf Cyferstein qui rejoint sa femme et leur bébé de 6 mois, malade, ou Haïm Calka qui, lui aussi, rejoint sa femme et sa fille libérées de Gurs. Ces cas de « regroupement familial » ne sont pas systématiques : ainsi Chana Fuks reste seule avec son fils, le mari n’ayant pas été libéré du GTE.

 

Selon les listes que nous possédons, les pensionnaires du château du Doux sont principalement des personnes âgées de plus de quarante ans ou malades, avec une majorité de femmes et quelques familles. Mais les archives ne donnent pas beaucoup de détails et nous n’en savons guère plus dans les correspondances et les rapports des rabbins aux autorités juives. Il semble bien que, dans tous les cas, les gens prétendent avoir des ressources, mais craignant, à juste titre, qu’il ne s’agisse là que d’un autre type d’internement, beaucoup ne rejoignent pas cette affectation ou passent à la clandestinité. Ainsi, le 12 avril 1943, vingt-cinq personnes du camp de Gurs obtiennent l’autorisation de résider au Doux, mais dix d’entre elles, signale un rapport de l’UGIF[xlii], ne rejoignent pas le centre : un couple et deux autres personnes se sont enfuis, une femme a été libérée, une famille avec deux enfants est au camp de Masseube, une autre femme réside dans un hôtel à Vic-sur-Cère. Il est clair également que, plus le temps passe, plus les personnes hésitent à rejoindre ce type de « résidence ».

 

Combien sont-ils ? Qu’en est-il des Juifs Français ?

 La question des chiffres

 Il est impossible d’évaluer précisément le nombre d’occupants durant la période concernée. Les listes ne sont pas  toujours très fiables, les chiffres parfois contradictoires. En 1992, un journaliste de VSD[xliii]  écrivait un article selon lequel « plus d’un millier de personnes » auraient passé par le château du Doux, ce qui semble tout à fait improbable. Dans ce même article, le maire d’Altillac, Georges Mas[xliv],  lui répondait qu’il y aurait eu jusqu’à deux cents personnes logées au château. Mais dans un courrier de sa main, conservé aux Archives de la Corrèze[xlv], le maire est moins affirmatif : il répond au préfet de la Corrèze qui souhaite savoir le nombre des pensionnaires du Château du Doux :

« Il ne m’est pas possible de connaître le nombre d’Israélites résidant au Doux et de vous fournir chaque semaine l’état de situation. Bien qu’avisés d’avoir à se présenter à la mairie à leur arrivée, ils n’en tiennent aucun compte. Par ailleurs leurs fréquents déplacements et même le départ de certains d’entre eux ne nous sont pas signalés. Ils ne se présentent pas non plus à la mairie à  leur départ, de sorte que la tenue du registre d’arrivée et de sortie ne donne aucun renseignement précis. Il est certains réfugiés qui arrivent avec un laissez-passer portant « commune d’Altillac » et se refusent d’aller au Doux. C’est ainsi que l’un d’eux a pris pied à terre depuis son arrivée qui remonte à plus d’un mois à l’hôtel de Paris à Altillac et un deuxième vient de m’annoncer qu’il va en faire autant ».

 Comme le remarque justement Georges Mas, il y a un mouvement incessant  parmi les pensionnaires du Doux : ceux qui sont affectés mais qui refusent de venir, ceux qui ne restent que quelques jours, ceux qui s’enfuient sans laisser de trace, ceux qui sont trop malades et doivent être soignés ailleurs, ceux, très nombreux, qui ne peuvent plus payer et qui doivent quitter le château.

Après l’envoi du 20 juillet 1942 (soixante étrangers israélites qui ont franchi la ligne de démarcation) et, selon la préfecture de la Corrèze, le centre aurait été complet le 1er septembre, mais aucune liste ne permet de le vérifier. Selon les affirmations de M. Boisserie[xlvi], le chiffre de cent pensionnaires initialement prévu  ne semble pas avoir jamais été atteint. Le maximum a été de quatre-vingt-douze pendant trois jours, soixante pendant un certain temps et, la plupart du temps, entre vingt-cinq et quarante pensionnaires.

Au début de l’année 1943, le château du Doux héberge environ soixante-cinq personnes dont trente femmes. Parmi eux, certains documents signalent qu’il y a dix français (il s’agit surtout d’enfants nés en France et ayant de ce fait acquis la nationalité française. Le 13 mars 1943 ils ne sont plus que vingt-cinq. Le 15 avril 1943 le préfet de la Corrèze écrit au préfet régional à Limoges  pour lui dire que le centre qui pouvait accueillir une centaine de personnes n’a que vingt et un pensionnaires «  à la suite des diverses mesures de regroupement prises à l’égard des étrangers de race juive »  et il demande donc qu’on y envoie des étrangers de la région administrative de Limoges[xlvii].

Selon une autre liste, le 4 août 1943, on dénombre encore une soixantaine de pensionnaires, mais le 22 octobre  il n’y a plus que trente-neuf personnes ; on ne sait pas très bien ce que sont devenus, ni d’où viennent les uns et les autres. Durant cette année 1943 les chiffres évoluent entre vingt-cinq et soixante personnes selon les listes. Enfin, le 8 janvier 1944, il est  mentionné dans une correspondance qu’il n’y a plus au château que vingt-neuf personnes : quinze femmes et quatorze hommes dont onze polonais, cinq russes, deux lithuaniens, deux roumains, un hongrois, un tchèque, un autrichien, un allemand, un espagnol, un bulgare, un grec, un bulgare, un français. Le 13 janvier il n’en reste que vingt-sept, et le 16 mars 1944 le centre du Doux est dissous. Les quelques pensionnaires restants seront envoyés dans divers villages de la Corrèze. Selon les listes récapitulatives[xlviii] il y aurait eu entre cent trente-cinq et cent quarante-sept  personnes hébergées entre 1942 et 1944.

 Des Juifs étrangers et quelques français

L’étude des dossiers individuels rassemblés aux Archives de la Corrèze par ordre alphabétique, permet de déterminer les nationalités des hébergés : polonais, tchèques, russes, lithuaniens, bulgares, grecs, roumains, hongrois, allemands, tchécoslovaques et autrichiens sont les plus nombreux. On trouve quelques rares espagnols, et très peu de français.

Une correspondance entre le Préfet et une femme française, juive, fournit cependant un exemple intéressant : Madame Strauss[xlix] a été assignée au Doux avec sa fille et ses petits enfants. Après avoir cité tout ce qui dans sa famille représente le patriotisme – faits militaires, décorations de ses gendres et de son mari – elle se plaint de la « méprise » qui a fait qu’elles se retrouvent seules françaises au milieu d’étrangers. Elle conclut : « Comme vous le voyez Monsieur le Préfet, notre place n’est pas d’être au milieu d’étrangers quoique israélites. Nous n’avons jamais fait ni politique ni rien de répréhensible. Nous sommes français de coeur. »

 Ce qui entraîne cette réponse très alambiquée du préfet, Fernand Musso, le 29 août :

« … La mesure dont votre famille et vous-même avez été l’objet ainsi que Monsieur et Madame Guttières  n’a dans la pensée des services de police aucun caractère infâmant.

 

 L’hôtel du château du Doux n’est pas un centre d’internement d’israélites étrangers, mais seulement une hôtellerie spécialisée pour recueillir les israélites français et étrangers que nous ne voulons pas laisser dispersés dans la campagne où mes administrés, souvent à la légère, je le reconnais, peuvent les accuser de différents méfaits et notamment de marché noir.

 

 En ce qui vous concerne, la mesure n’a eu d’autre objet que de vous empêcher d’être victime de votre bon coeur car la disparition d’un certain nombre d’israélites recherchés pour des mesures administratives pouvaient nous conduire à craindre, après l’enquête effectuée, que vous ne fussiez sollicitée, ainsi que Monsieur et Madame Guttières, d’en abriter quelques-uns.

 

 Nous vous avons prescrit de résider au château du Doux pour vous éviter le risque d’une complicité qui aurait pu être grosse de conséquences

 

C’est très volontiers que je rappelle la mesure… »

Cette  remarque de Mme Strauss est révélatrice de l’attitude de certains Juifs nationalisés français, incapables d’imaginer que la France puisse les abandonner et revendiquant leur qualité de français.  Mais la réponse du préfet est d’une remarquable  duplicité et aussi sans appel : il s’abrite derrière les violentes réactions des campagnes corréziennes face aux problèmes de ravitaillement et de marché noir, qui sont la principale source d’accusation contre les Juifs que lui souhaite « protéger » ; il insinue  d’autre part que cette famille pourrait aider ses coreligionnaires étrangers (il avoue même qu’il y a eu une « enquête » effectuée )  pour justifier sa décision de les assigner à résidence au Doux.

 Des situations dramatiques, une vie quotidienne difficile

 Les difficultés du quotidien

Les rapports des Renseignements Généraux et de la préfecture restent discrets sur les détails concernant les conditions de vie au centre du Doux, mais, selon certains, les conditions étaient plus mauvaises que celles décrites dans le rapport cité, comme en témoigne Féla Kamras, née Smolinska, une modiste polonaise qui se dit catholique, dont le mari, juif, est emprisonné au camp de Beaune la Rolande. Après avoir fui les arrestations à Paris, elle est prise à la ligne de démarcation avec sa fille de six mois et assignée au Doux ;  en novembre 1943 elle envoie au préfet de la Corrèze une lettre émouvante[l] dans laquelle elle se plaint des mauvaises conditions d’hébergement et prétend qu’en ce qui concerne la  « 2e classe »  les personnes sont logées dix par chambres. Comme beaucoup, elle ne peut plus payer et obtiendra l’autorisation de quitter le Doux pour Donzenac.

Dans une lettre du 19 novembre 1943, la gérante, madame Boisserie, se plaint également auprès des services préfectoraux que les pensionnaires « prétendent » ne plus pouvoir payer : pour certains cela semble vrai, précise-t-elle, mais pour d’autres, non. Ses courriers nombreux insistent aussi sur les difficultés d’approvisionnement en nourriture et moyens de chauffage ou de transport. Ces problèmes matériels vont aller croissant en 1943 jusqu’à la fermeture du centre. Dans une plainte transmise au préfet[li], en octobre 1943, M. Boisserie, soutenu par la Chambre professionnelle de l’industrie hôtelière de Brive, va plus loin : il  considère que la préfecture n’a pas tenu ses engagements et qu’il y a rupture de contrat.

Des familles éclatées et des situations personnelles dramatiques

 Bien que le regroupement familial ait été préconisé, il y a au Doux des familles réunies, mais certaines aussi sont éclatées. Plusieurs situations sont dramatiques : Mina Bienenfeld est expulsée d’Allemagne en 1939, puis internée au camp de Gurs ; son mari est prisonnier en Allemagne et leurs trois enfants sont au château du Masgelier dans la Creuse ; Pesa Zaidmann est au Doux avec l’une de ses filles, tandis que son mari est dans le centre d’inaptes au travail de Beaulieu ; sur les six enfants du couple, l’un est au sanatorium, un autre a été déporté, les quatre autres sont hébergés ailleurs.

Nous  ne savons pas grand-chose des métiers de ces internés, sauf par une brève évocation sur une fiche : quelques commerçants, une modiste, une couturière, un fourreur, quelques étudiants, une cantatrice. Nous n’avons pas suffisamment de précisions pour  établir un profil type. Les hommes font parfois état de leur engagement dans l’armée française en 1939 et de leurs décorations. Les rapports des RG ne nous renseignent pas davantage : ils se bornent à noter laconiquement, que l’état d’esprit est bon ou qu’il n’y a rien à signaler.

Les demandes d’autorisation de déplacement pour raisons médicales montrent le très mauvais état de santé général de cette population. Le Docteur Aumont évoque dans une lettre l’état « pitoyable » d’une  pensionnaire. Les deux médecins de Beaulieu, les docteurs Blavoux et Aumont sont accusés par les services préfectoraux d’être « trop bienveillants ». Les observations et les autorisations qu’ils délivrent donnent  lieu à des contestations,  et à des expertises par le médecin légiste qui confirme ou s’oppose, parfois sans aucune compassion. Ainsi le docteur Blavoux soutient le dossier de M. Abraham qui veut aller se faire soigner à Limoges et qui, tout en étant affecté au Doux avec sa famille, réside à l’hôtel de Paris à Altillac. Son épouse a souvent des crises (dyspnée) mais le médecin légiste venu de Tulle conclut : « Ces crises sont peu intéressantes pour les tiers mais il n’y pas de raison pour que ce soient les habitués de l’hôtel du Parc qui les voient plutôt que les coreligionnaires de M. Abraham au château du Doux.. »

A ces situations souvent dramatiques, les solutions apportées varient : Aron Wajemus et son épouse Ruchla logent à Altillac et vont manger et se faire soigner à Beaulieu, comme l’attestent les nombreux certificats médicaux, alors qu’ils devraient être au Doux ; mais ils discutent et ils seront finalement  assignés à résidence à Meyssac le 18 mai 1943. D’autres n’obtiennent pas satisfaction : Menassa Zajdman, polonais, affecté au Doux,  n’a pas rejoint le château mais loge à l’hôtel, au pont d’Altillac, car son état de santé confirmé par le médecin légiste, nécessite de fréquentes visites chez le médecin qui lui délivre de nombreux certificats médicaux. Le 5 février 1943, on le menace toutefois d’enfermement à Nexon s’il n’obéit pas, et le maire d’Altillac, le 13 mars 1943, ajoute que « le moyen le plus sûr d’éviter que ces étrangers restent à Altillac serait d’interdire à l’hôtel en question de les abriter ». Wolf Cyferstein est polonais, incorporé dans les GTE et sans doute libéré en raison de son mauvais état de santé ;  sa femme est épileptique, selon un rapport de l’UGIF, leur enfant de 15 mois, malade,  a fait un séjour à l’hôpital de Clairvivre en août 1942. Hélène Cyferstein demande l’autorisation d’aller chercher un médecin à Beaulieu pour son bébé malade puis de se rendre à Carlux en Dordogne pour y résider, mais le préfet de la Dordogne refuse. La section de l’UGIF de Brive intervient plusieurs fois pour ce cas, d’autant plus urgent que la famille n’a plus de ressources et ne peut plus payer son hébergement.

Ces étrangers qui ont fui les persécutions nazies et qui ont cru pouvoir échapper aux camps et à la déportation, se trouvent ici pris à la gorge. Tous les moyens sont pris pour refermer le piège sur eux,  y compris empêcher leurs coreligionnaires français de leur porter secours. Il n’est d’ailleurs  pas interdit, comme nous l’avons vu, d’envoyer au Doux des israélites français.

 

La surveillance au Chateau du Doux. Rafles et arrestations.

 Des pensionnaires bien surveillés

Il n’est pas possible d’adopter la définition du château du Doux faite par le préfet[lii]; en effet, plus que d’une « hôtellerie spécialisée »  il s’agit bien d’un véritable centre d’internement. Avant même son ouverture, le préfet applique d’ailleurs rigoureusement les circulaires relatives à la circulation et  aux autorisations de sortie des étrangers[liii].  Il constate que les étrangers et les Juifs  assignés à Altillac vont à Beaulieu, ce qui est assez normal étant donné que les deux villes se touchent et que Beaulieu est la plus importante, souligne qu’il  « attache une très grande importance à ce que les israélites et étrangers d’Altillac ne puissent se montrer à Beaulieu et rafler les marchandises approvisionnant cette localité » et demande au maire d’appliquer l’arrêté, ajoutant : « Je n’hésiterai pas à aller jusqu’à l’internement définitif des étrangers  israélites qui ne respecteraient pas les mesures ainsi édictées ».

 

Le 28 mai 1942 un arrêté définit la circulation des étrangers assignés à résidence : ils n’ont plus le droit de sortir de la localité où ils sont assignés, un nouvel arrêté paraîtra le 6 août. Le 8 août 1942, la mairie d’Altillac fixe les règles : les pensionnaires du château sont autorisés à circuler dans les limites fixées aux chemins d’accès : toute la propriété du Doux, la route d’accès au château (GC 41), la route GC 41 du pont à la limite de la commune, au lieu-dit « Moulin de Chauvac », la route N140 du Pont à la limite du département du Lot. En dehors de ces limites il faut un sauf-conduit qui n’est accordé qu’à titre exceptionnel. Une note de la Préfecture du 29 septembre 1942 définit les contrôles : la préfecture veut être informée des arrivées et départs et propose des modèles de fiches. Dans ses rapports hebdomadaires sur les contrôles elle menace : « Ceux qui sortiront sans autorisation de la zone dans laquelle ils peuvent librement circuler seront immédiatement dirigés sur le camp de concentration de Nexon. »

 Des infractions fréquentes

En dépit de la fermeté des directives préfectorales, il y a de nombreuses traces d’infractions[liv]. En octobre 1942, soucieux de faire respecter l’ordre, en particulier la circulation hors du château, le préfet les signale aux RG et il écrit au commandement de gendarmerie de Tulle, à propos de la brigade de Beaulieu chargée de la surveillance : « L’’intérêt que présenterait pour le moral des habitants du pays un contrôle des agissements de ces israélites ne vous échappera pas ».

La surveillance ne va pas de soi. Les autorisations pour aller chez le docteur, le dentiste, le pharmacien, ne sont données qu’avec réticence et tout le monde se plaint : les uns de leur privation de liberté, les autres de ces israélites bien encombrants et bien indisciplinés. En mai et octobre 1943, les gendarmes sont saisis par les gérants du Doux d’une série de vols à l’intérieur du château. Des objets et du matériel ont disparu et les gendarmes enquêtent. Les résultats révèleront que quatre cents assiettes et une soixantaine de couverts ont été volés. Les coupables seraient des pensionnaires ayant quitté le château. Aux plaintes de la gérante le préfet répond par des menaces[lv] à l’égard des internés : « Si de tels faits se reproduisent et si les coupables ne sont pas identifiés, je rendrai responsables tous les membres de la colonie israélite hébergée au Doux. »

fiche d'internement au camp de Rivesaltes d'Ella Karbowitz. AD66 1260W16

 Rafles et arrestations au Château du Doux

 Les déportations de l’été et de l’automne 1942 ont atteint également le château : il était facile d’y aller chercher des « déportables ». Les rafles d’août 1942 ont frappé les pensionnaires dès l’ouverture. Serge Klarsfeld[lvi] a montré combien minutieuse avait été la préparation de cette rafle par la préfecture régionale de Limoges et les préfectures départementales, dont celle de la Corrèze. Maires et gendarmes sont associés à son organisation. Le 15 août 1942, le Commandant de la section de Brive adresse, un courrier aux commandants de brigade[lvii] , demandant une réponse rapide pour le lendemain. Il précise qu’il y a sept listes d’Israélites faites par communes   :

   « Il s’agit pour les brigades de contrôler effectivement la présence des personnes portées sur les listes  jointes dans la commune indiquée sur chaque liste. Ajouter l’adresse exacte en face de chaque nom, si elle n’y est déjà inscrite. Dans le cas où ces personnes auraient changé d’adresse, l’indiquer et si possible donner la nouvelle adresse en face de chaque nom. Procéder avec une extrême discrétion et dans la mesure du possible ne pas s’adresse aux intéressés eux-mêmes. Ne pas perdre de vue cependant que la certitude doit être obtenue quant à la présence ou l’absence de chacun d’entre eux. »

La rafle est prévue pour le 26 août, mais le préfet régional, très perfectionniste, commence à organiser le ramassage entre le 16 et le 23 août[lviii] :

 « Les Israélites seront rassemblés dans un camp régional d’où l’on fera  partir un train complet. Les départements de la région doivent étudier la possibilité d’organiser un centre,

notamment en Corrèze, en Dordogne et dans l’Indre, pour procéder à des centralisations dans chaque département. Les Israélites regroupés dans ces centres seront ensuite dirigés vers le camp de Nexon au fur et à mesure des départs. »

La circulaire conseille d’être « correct » et de « faire preuve d’humanité » mais aussi de tout faire en sorte pour  « éviter les évasions et les suicides ». On demande aussi que le regroupement familial soit observé[lix] : « Lorsque les israélites auront des enfants dans d’autres régions de la zone libre, toute  diligence devra être faite pour provoquer le retour de ces  enfants au camp des parents »

Dans un rapport du 26 août, le Commandant de la section de Brive traite ainsi du cas du « jeune israélite » Norbert Sommer. Lors de la rafle la famille Sommer a été conduite au camp d’Egletons :

« Au moment de son transfert le chef de famille a déclaré que son fils Sommer Norbert, né le 12/7/1927, 15 ans, est en colonie de vacances au centre israélite d’Ussac. Il a en outre ajouté qu’il désirait que son fils reste en France à la colonie OSE[lx] de Limoges et ne suive pas la famille en Europe centrale. Ce fait est signalé pour qu’une décision soit prise à ce sujet. Le jeune Sommer serait de nationalité allemande. »

                         Selon deux rapports, celui du rabbin[lxi] , et du chef d’escadron[lxii] commandant de la Compagnie de gendarmerie de la Corrèze, sur le « ramassage des israélites » en Corrèze nous apprennent que vingt-trois personnes résidant au Doux ont été appréhendées. L’état d’avancement actuel des recherches ne nous permet pas d’en produire encore  la liste exacte. Nous savons seulement que six personnes ont été effectivement arrêtées et transférées en zone occupée puis déportées. Sur une liste venant de Nexon[lxiii], nous retrouvons les noms de Gerson Frydman, polonais né en 1904, de Moïse Lipschitz et aussi d’Adolf Krumann, un médecin polonais né en 1888, qui devaient faire partie des six personnes arrêtées au Doux : ils ont été déportés de Drancy pour Auschwitz par le convoi n° 26 du 31 août 1942. D’autre part, la liste des dix-sept personnes figurant comme « exemptées » nous est connue : trois étaient « absents », et quatre familles ont dû leur salut à un membre de leur famille malade et donc intransportable[lxiv]. Nous apprenons  également, par une remarque discrète du chef d’escadron,  qu’il n’y a pas eu d’incident mais qu’on a noté « une tentative de suicide » ( saut d’une fenêtre du 2e étage) qui a été empêchée à temps par un gendarme alors  présent au Château du Doux[lxv].

Les arrestations ne se limitent pas à la rafle d’août. Les circulaires de l’été et de l’automne 1942[lxvi] sont claires : Il faut « poursuivre et intensifier opérations policières en cours avec tout le personnel police et gendarmerie ». Au cours de l’année 1943, au moins par deux fois « des déportations vers Drancy auraient eu lieu à partir du château du Doux[lxvii] ». Selon un rapport des RG[lxviii], le 12 juillet 1943  « l’état d’esprit des étrangers du château du Doux a bien changé car l’arrestation par les Allemands du polonais protestant Wajnberg Wladislav, né en 1895, dans la soirée du 12 juillet les a énormément démoralisés ». 

 

Au journaliste de VSD qui lui demande, en 1992,  ce que sont devenus tous ceux qui quittaient le Doux, le maire, Georges Mas, répond : « Par trois fois des camions sont venus au petit matin, courant 1943[lxix], pour embarquer tout le monde. Les camions repartaient bâchés, pleins de Juifs. On ne savait pas où ils allaient. Ils ne sont jamais revenus. ». Un autre témoin, Lucien Fournier[lxx], qui avait 22 ans et était employé agricole à  la ferme située derrière le château, se souvient aussi : « Au village, tout le monde était au courant », il se rappelle également avoir vu les Allemands « contrôler les papiers d’identité des pensionnaires et en embarquer certains dans des camions vers une destination inconnue, dont aucun n’est revenu ».

Nous ne pouvons pas apporter pour l’instant de précisions supplémentaires sur ces arrestations. Elles n’ont pas porté sur des « milliers » de personnes comme le prétend le journaliste de VSD sans la moindre preuve,  mais des arrestations eurent bien lieu au Château du Doux en 1942 et 1943 sans que l’on puisse encore en donner le chiffre exact. On comprend mieux les réticences des Juifs assignés au Château du Doux : outre le tarif prohibitif, les rafles d’août 1942 et de 1943 n’incitaient guère à rejoindre ce centre. On comprend aussi le va-et-vient incessant des pensionnaires : mieux valait ne pas y séjourner trop longtemps, et, pour échapper aux arrestations, fuir, se cacher ailleurs.

 Conclusion

 

Sur les camps d’internement, l’attitude de la population envers les Juifs[lxxi], la déportation en Corrèze[lxxii], subsistent de très larges zones d’ombre. Cependant, si ces écrits restent pour l’instant peu nombreux, ils témoignent d’un intérêt significatif. L’ouvrage récent sur le camp de travailleurs étrangers de Soudeilles[lxxiii] réservé aux Juifs en est un exemple : les auteurs le décrivent minutieusement,  font appel à de nombreux témoignages, suivent la trace des déportés et s’interrogent sur le silence entretenu sur ce camp alors qu’il était aux portes du village, sans barbelés, et visible de loin. Ils notent quelques gestes de solidarité ou plus rarement de discrètes amitiés, pas de rejet raciste, mais pas non plus de compassion et peu de traces dans la mémoire collective. C’est également pour rompre ce mutisme qu’a été créée, en 2002,  l’Association pour les déportés de Meymac[lxxiv]  où, entre le 14 et le 19 avril 1944, des Juifs furent raflés et déportés.

Les archives consultées ont révélé aussi l’importance des structures d’aide aux Juifs, en particulier dans la région de Brive, Beaulieu et Altillac. L’UGIF fut présente en Corrèze comme dans bien d’autres endroits de la zone non occupée. Le centre de l’UGIF de Brive fut très actif, le rabbin Feuerwerker également. Le centre scout de Beaulieu mériterait à lui seul d’être l’objet d’une étude. Nous savons aussi aujourd’hui  que certains Corréziens, parmi les responsables comme dans la population, ont joué un rôle protecteur. Dans la région de Beaulieu, il y eut aussi des « Justes ».

 

Il reste cependant un important travail à entreprendre sur cette question. En ce qui concerne le cas du château du Doux, l’état des recherches en cours ne nous permet pas d’aller plus loin dans la connaissance des noms exacts des personnes qui y résidèrent et de ceux qui furent victimes des rafles et arrestations. Manquent également des témoignages de survivants ou de témoins de la région de Beaulieu et d’Altillac.  Mais, bien que lacunaires, les informations recueillies à travers les sources disponibles[lxxv] nous renseignent sur l’organisation et la vie dans ce type de centre. Sans entrer dans les détails, nous avons pu reconstituer qui étaient les « pensionnaires », leurs origines, comment ils arrivaient au Doux, les difficultés de leur vie quotidienne et la surveillance dont ils étaient l’objet. On peut mieux comprendre comment  les Juifs étrangers furent traqués, contrôlés et pourchassés dans notre département : la politique de Vichy envers les étrangers et spécialement les Juifs étrangers, avant que les Juifs français n’en soient eux aussi victimes,  y a été mise en place avec diligence et efficacité : la rafle d’août 1942 et l’organisation du centre du  Doux en sont la preuve. Enfin sa description, bien qu’incomplète, met en lumière la perversité du système vichyste quant à ce type d’internement payant ainsi que la docilité et même le zèle que nombre de fonctionnaires mirent à l’appliquer.

 

Le Château du Doux est devenu un hôtel de luxe : aucune plaque n’y commémore cet épisode de l’enfermement des Juifs. Les gens des environs, qui ont vécu non loin du château durant la guerre  et qui y vont parfois déjeuner, prétendent, selon un responsable des lieux interrogé, n’avoir jamais su ce qui se passait exactement à l’intérieur. En 1992, le maire d’Altillac, Pierre Poulvetarie[lxxvi], interrogé par le journaliste de « La Montagne » reste ferme sur une éventuelle culpabilité : « S’il y a des coupables, des gens encore en vie qui ont commis des fautes graves durant cette période, ils doivent être jugés. » Mais il déplore  «  la mauvaise publicité » qui a été faite à  son village lors des déclarations de Georges Mas en 1992 au journal VSD et souhaite «  que l’on ne fasse pas d’amalgame hâtif dans une commune qui a reçu le diplôme d’honneur et de reconnaissance de la Résistance française. » En un mot, il ne faut pas réveiller ces « fantômes qui hantent le château du Doux.[lxxvii] »

La Corrèze s’honore –à juste titre- des actions héroïques des combattants de la Résistance. Elle doit aussi se  souvenir de ces milliers de personnes  qui fuyaient les persécutions et se sont retrouvées dans nombre de villages et de villes du département. C’est un épisode douloureux de la mémoire locale qui doit maintenant devenir un objet d’histoire.

 

Historienne de formation, Nathalie Roussarie a soutenu un mémoire de maîtrise intitulé  »Hommes et Femmes devant les Cours de Justice de la Seine , juin 1946-novembre 1947, sous la direction de Claire Andrieu et Denis Peschanski puis un DEA sur  »Tulle, 9 juin 1944, évènement,mémoire, histoire » sous la direction de Michel Dreyfus.

Elle prépare actuellement une thèse de doctorat sur  »L’anti-France, Communistes, Juifs et Francs Maçons en Corrèze 1940-1944″

 


[i] Voir les titre cités en fin d’article, p. 19.

[ii] Au lendemain de la promulgation de la loi portant statut des Juifs, celle du 4 octobre 1940 déclare dans

l’article 1 que « les ressortissants étrangers de race juive pourront, à dater de la promulgation de la présente loi, être internés dans des camps spéciaux par décision du préfet du département » Dans l’article 3 on prévoit, outre l’internement dans les camps,  que « les ressortissants étrangers de race juive pourront en tout temps se voir assigner une résidence forcée par le préfet du département de leur résidence. » (Loi du 4 octobre 1940 p. 5324).

[iii] Loi du 2 juin 1941 n° [41]-2332  remplaçant la loi du 3 octobre 1940 portant statut des Juifs.

[iv] Loi du 2 juin 1941 n° [41]-2333  prescrivant le recensement des Juifs.

[v] Loi du 9 novembre 1942 n° [42]-979 relative au séjour et à la circulation des Juifs étrangers.

[vi] Loi du 11 décembre 1942 n° [42]-1077 relative à l’apposition de la mention « Juif » sur les titres d’identité délivrés aux Israélites Français et étrangers.

[vii] Serge Klarsfed, La Shoah en France, Tome 1, Vichy-Auschwitz la « Solution finale » en France, Paris, Fayard, 2001.

[viii] Selon Paula Hyman, De Dreyfus à Vichy, l’évolution de la communauté juive en France, 1906-1939, Paris, Fayard, 1985.

[ix] ADC 528 W 64 pièce 246.

[x] ADC 528 W 37 rapport des RG octobre 1942.

[xi] Nous devons aussi pour la zone « libre » nous méfier des chiffres qui ne sont pas toujours exacts. En particulier ils ne semblent pas tenir compte des gens internés dans des camps ou dans les groupes de GTE.

[xii] ADC, 528 W64,  pièce 246.

[xiii] Archives de la gendarmerie. 19E 19 Section de Brive.

[xiv] ADC, 528 W 64 Uzerche est un important centre d’accueil pour les étrangers juifs.

[xv] Les groupes de travailleurs étrangers concernent les hommes âgés de 18 à 55 ans. « La création des GTE par la loi de septembre 1940 correspond à une politique d’exclusion visant les forces jugées responsables de la défaite mais aussi comme résolution d’un problème économique et social. Très vite les GTE constituent une main d’œuvre concurrentielle en zone sud pour l’industrie, l’agriculture, la voirie et l’exploitation forestière et les Allemands comprennent tout de suite l’intérêt qu’ils peuvent en tirer. » in D. Peschanski, La France des camps, l’internement, 1938-1946. Gallimard, Paris, 2002. En zone libre en 1941 : 39 000 étrangers dont 15 700 à des travaux agricoles, 7 500 au bûcheronnage et à la carbonisation, 2 200 sur les barrages, autant pour les industries chimiques, 1 400 dans les mines, 1 800 pour les travaux urgents. Réquisitionnés par l’organisation Todt beaucoup furent employés par les chantiers du mur de l’Atlantique. Il y a en Corrèze 4 groupes de GTE (travailleurs espagnols) dont un, à Soudeilles, entièrement composé de Juifs.

[xvi] AD 04, 6J.

[xvii] ADHV 185 W

[xviii] AN F7 1596 Circulaire du 9e bureau en date du 25 mars 1942.

[xix] ADC, 529 W 68 Note du 11 mai 1942.

[xx] L’avenant n°1 à la convention entre le préfet Fernand Musso et M. Boisserie ne sera définitivement signé que le 18 septembre.

[xxi] Le Hech, Frédéric, Président de l’Association du patrimoine de Beaulieu, Des enfants Juifs à Beaulieu pendant la guerre, livret n°14, octobre 2006.

[xxii] Centres dans lesquels on plaçait les hommes ne pouvant, pour des raisons de santé ou d’âge, accomplir le travail demandé normalement dans les GTE.

[xxiii] AD04, 6J, Mi 2/32. Rapport mensuel sur les centres d’hébergement dépendant du bureau de l’UGIF de Brive du 23 juin 1943.

[xxiv] ADC 529 W 68 : ces tarifs sont relativement élevés : à titre de comparaison,  Harry Steiger refuse d’aller au château du Doux car il est logé dans un hôtel d’Uzerche avec sa femme et ils ne payent que 60 frs par jour pour deux.

[xxiv] AD04 6J Mi 2/32 : l’UGIF (Union générale des israélites de France).

[xxv] AD04 6J Mi 2/32.

[xxvi] Ibid. Lettre de Gaston Kahn pour la 3e section UGIF qui,  en 1943, est saisie de demandes d’aides pour certains pensionnaires et répond qu’en aucun cas elle ne peut prendre en charge cette pension trop  élevée.

[xxvii] Ibid.

[xxviii] ADC 529 W 69.

[xxix] Le rabbin David Feuerwerker est aumônier général pour la Creuse, la Corrèze et le Lot. Il intervient souvent pour faire libérer des Juifs des camps de Gurs ou de Rivesaltes et trouver des familles d’accueil. Il travaille également à Beaulieu avec le  groupe d’Eclaireurs israélites qui accueillent de jeunes Juifs rescapés des camps ou ayant fui la zone occupée.

[xxx] CDJC, CCXIII-59 Rapport de Maxime Goldberg.

[xxxi] Le 4 août 1942 des instructions (confidentielles) sont données aux préfets d’envoyer en zone occupée tous  les israélites étrangers entrés en France après le 1er janvier 1936 et non plus 1932.

[xxxii] Cité par Anne Grynberg, Les camps de la honte, les internés juifs des camps français 1939-1944, Paris, La Découverte, 1999,  p. 295.

[xxxiii] Allemands, Autrichiens, Tchécoslovaques, Polonais, Estoniens, Lituaniens, Lettons, Dantzigois, Sarrois et Russes arrivés en France après 1936.

[xxxiv] Sur les 11 cas d’exemption du 5 août, le télégramme n°12 519 (secret) du 18 août 42 de René Bousquet aux préfets de zone libre n’en gardait que six : les plus de 60 ans, les malades intransportables, les femmes enceintes, les parents d’enfants de moins de 2 ans, ceux dont le conjoint est français ou qui ont un enfant français, ceux portés sur la liste annexée à la circulaire 20 de janvier 1941.

[xxxv]  Ibid. Anne Grynberg, p. 321. Elle note qu’il y eut un certain désordre dans ces choix, surtout durant l’été 1942, où faute d’avoir reçu les instructions à temps, et aussi vu le nombre de cas à traiter , on ne tint pas toujours compte des consignes.

[xxxvi] Le Service Social des Etrangers (SSE) est un organisme créé par Vichy. Gilbert Lesage en est le responsable et il a proposé son idée au Consistoire en juillet 1941.

[xxxvii] R. Poznanski, Les Juifs en France pendant la deuxième guerre mondiale, Paris, Hachette, 1994. p. 240.

[xxxviii] AD 04, 6J, Mi 2/32.

[xxxix] Ibid.

[xl] ADC 528 W 69 Chiffres obtenus à partir de la liste des dossiers individuels des étrangers hébergés au Doux.

[xli] Ibid. Camp de regroupement avant la déportation situé en Haute-Vienne.

[xlii] AD04, 6J, Mi 2/32.

[xliii] VSD n°769, Mai 1992.

[xliv] Georges Mas, notaire à Altillac, était également maire de cette commune.

[xlv] ADC  528 W 68 lettre du 1-10-1942.

[xlvi] AN 72 AJ/280 Lettre de la Chambre professionnelle de l’industrie hôtelière  du 23 octobre 1943 adressée au préfet pour soutenir la plainte du gérant du château du Doux, M. Boisserie.

[xlvii] ADC 528 W 69.

[xlviii] ADC 528 W 69 et AN 72 AJ/280.

[xlix] ADC 528 W 2138. Lettre du 26 août 1942.

[l] ADC 528W 68.

[li] AN 72 AJ/280. Lettre du 23 octobre 1943.

[lii] cf. la lettre du préfet citée p. 11.

[liii] Arrêté du 22 mai 1942 limitant cette circulation à Beaulieu et Altillac.

[liv] ADC 528W68 et 69.

[lv] ADC 528 W 69 Lettre du 24 novembre 1943.

[lvi] S. Klarsfeld, op.cit.

[lvii] Archives de la gendarmerie, 19E 19. Note n°857/2 « Contrôle des Israélites » en référence à la note du préfet du 14 août 1942 (Courrier du 15 août 1942).

[lviii] Circulaire n° 2765 Pol. 9 du 5 août 1942, cité par Bernard Reviriego, Les Juifs en Dordogne, p. 178.

[lix] D. Peschanski, op.cit.,  note que le gouvernement français à partir du printemps 1942, et Laval en particulier, accélèrent le processus de déportation des Juifs étrangers en demandant que les enfants soient également déportés. S. Klarsfeld, op.cit, remarque que dès le 27 août et de nouveau le 31 août, les services de Bousquet rappelleront aux préfets que les enfants de 2 à 16 ans dont les parents sont arrêtés doivent également arrêtés avec eux.

[lx] L’OSE, Oeuvre de Secours aux Enfants a créé en France de nombreuses maisons d’enfants pour accueillir les enfants juifs séparés de leurs parents.

[lxi] AD 04, 6J.

[lxii] Rapport du 27 août 1942, 12e région militaire, 12e légion n° 97, 4/2 cité par Serge Klarsfeld, op. cit.

[lxiii] C.D.J.C, LVII-11 Liste des Israélites étrangers transférés en zone occupée le 29 août 1942, de Nexon.

[lxiv] Il s’agit des familles Coellin (4 personnes), Ilionsky (3 personnes), Morgenroth (4 personnes), et Pick (3 personnes).

[lxv] Archives de la gendarmerie 19E 19, note 894/2 du Capitaine de la section de Brive sur le ramassage des Israélites.

[lxvi] Télégrammes 13224 et 13226 de R. Bousquet, le 30/08/1942 in S. Klarsfeld, Calendrier de la persécution des Juifs de France, Paris, FFFDJ, 1993.

[lxvii] C. Eggers, «L’internement sous toutes ses formes, approche d’une vue d’ensemble du système d’internement dans la zone Vichy » in  Le monde Juif, Revue d’histoire de la Shoah, n° 153, 1995, p. 49.

[lxviii] ADC, 529W68.

[lxix] Peut-être une allusion à la rafle de février 1943.

[lxx] Déclaration dans le journal « La Montagne » du 28 mai 1992

[lxxi] G. Beaubatie, « L’opinion publique face aux Juifs » voir article dans ce même numéro.

[lxxii] J.-M. Valade, « La déportation en Corrèze durant la seconde guerre mondiale » Lemouzi, n°134, avril 1995.

[lxxiii] Paul Estrade et Mouny Estrade-Schwarckopf, Un camp de Juifs oublié :Soudeilles, Treignac, les Monédières, 1999.

[lxxiv] Association pour la mémoire de déportés de Meymac, Meymac-Maussac14-19 avril 1944, retour sur une tragédie enfouie, Treignac, Les Monédières, 2004.

[lxxv] Archives départementales de Corrèze, Archives départementales de Haute Provence (fonds de l’UGIF), Centre de Documentation Juive du Mémorial de la Shoah de Paris, Archives Nationales de la Gendarmerie (Centre Historique de l’Armée de Vincennes).

[lxxvi] Maire d’Altillac, à l’époque des faits ;  en 1942 et 1943 il était dans le maquis.

[lxxvii] Titre de l’article du journal « La Montagne » du 28 mai 1992.





















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  2 comments for “L’internement des juifs étrangers au château du Doux 1942-1944

  1. 22 octobre 2014 at 11 h 21 min

    Une action a-t-elle été entreprise pour qu’une plaque commémorative soit placée dans le château ou aux environs du château?

  2. 25 septembre 2012 at 7 h 48 min

    tres bien cet article que je viens de lire.

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