Plus qu’un nom dans une liste : Albert Schweizer

Albert aurait pu s’en sortir si il avait eu un T de plus dans son nom, mais voilà Albert est né juif à Schopfloch en Bavière  le 31 octobre 1885. Il est le fils de Joseph Schweizer et de Henriette Feuchtwanger.

Albert est bijoutier , il se marie avec Alice Marx qui est née à Metz. Ils ont un fils Rudolf né en 1913 à Karlsruhe où la famille vivait. Ils arrivent en France en janvier 1934, fuyant le régime nazi. Sur les cinq années précédant la guerre nous avons peu d’informations sur eux. Ils habitaient à Paris rue Lamblardie dans le 12e arrondissement.   Albert et Rudolf exploitaient un atelier de réparation d’appareils électriques. En 1939 Rudolf est interné dans un camp dans la Nièvre comme indésirable, âgé de vingt-six ans il s’engage dans la Légion pour éviter l’internement et combattre aux côtés des autres réfugiés. Il est envoyé à Sidi-Bel-Abbès. Albert est interné au camp de Bassens jusqu’au 21 juin 1940. Sur Bassens peu d’information ont été publiées

Le camp , situé à environ douze kilomètres de Bordeaux occupait une ancienne poudrerie construite pendant la Première Guerre Mondiale dans la zone portuaire , sur la rive droite de la Garonne et désaffectée depuis 1921. Au printemps 1940, les bâtiments de cette poudrerie furent aménagés pour recevoir des étrangers « indésirables ». Aujourd’hui, la nature a repris ses droits et le site est envahi par une végétation abondante et sauvage. Environ 1 100 détenus dont 750 étaient Juifs et les autres étant 350 militaires allemands capturés au début de la « guerre-éclair » sur la France.

Des personnages importants – journalistes, écrivains, hommes politiques, etc – réfugiés en France, étaient au nombre des internés. Henry JACOBY, publiciste berlinois, a relaté comme suit son séjour dans le CAMP DE BASSENS :

 « Nos châlits étaient installés dans un immense entrepôt. Il y avait en outre un bâtiment dans les diverses pièces duquel se trouvaient des lits qui furent occupés peu après notre arrivée par des hommes appartenant à des classes d’âge plus anciennes qui avaient été internés entre-temps.

Au milieu du terrain de la fabrique se dressaient quelques tours à poudre inachevées, pas très hautes et qui étaient recouvertes d’arbres et de buissons qui avaient pu se développer ici tranquillement pendant vingt ans. Ce coin ne tarda pas à s’avérer très intéressant pour moi. Tous les matins, il fallait nous mettre en rangs afin que puissent être choisis des hommes dont on avait besoin sur le port de BORDEAUX pour des travaux de chargement. En général, le nombre d’hommes requis était facilement réuni parce que beaucoup étaient heureux de sortir du camp et de gagner de l’argent de poche.

En principe, les travaux intérieurs – avant tout le nettoyage des dortoirs – devaient être exécutés par ceux qui n’étaient pas aptes au travail sur le port, mais, pratiquement, ils étaient pris en charge par un groupe d’homosexuels – des Allemands de l’étranger – qui voulaient rester entre eux. Mais, comme tout le monde devait être affecté à une tâche, le mieux était – quand on préférait malgré tout ne pas être envoyé sur le port – de se faire invisible. Le secteur des tours à poudre était tout à fait désigné pour cela, et c’est là que je passais le temps entre les repas avec un livre. Je pouvais alors, quand il faisait beau, m’exposer au soleil et, quand il faisait mauvais, trouver à m’abriter. »

En juin 1940, l’approche de l’armée allemande  fut la source d’une angoisse de plus en plus grande pour les internés de qui craignaient d’être pris au piège et livrés à la Gestapo. Henry JACOBY ajoute :

« Les choses finirent par en arriver au point que nous n’eûmes plus besoin d’aucune nouvelle sur la situation de l’armée allemande, car nous entendions le bruit du canon approcher d’heure en heure. Nous autres les émigrés politiques du camp, ne doutions pas un instant que la Gestapo s’avançait avec l’armée allemande et qu’elle mettrait avidement la main sur nous. Une nuit, des coups de feu éclatèrent dans le camp. La garde avait tiré sur un avion de reconnaissance allemand volant à basse altitude. »

Peu de jours avant l’arrivée des Allemands à Bordeaux (27 juin 1940), le commandant du Camp comprenant la gravité de la situation pour beaucoup d’internés, permit à la plupart d’entre eux de quitter le camp par petits groupes. Les autres eurent recours à des subterfuges pour s’échapper. Quant aux archives du camp, elles furent détruites ainsi qu’il ressort de documents conservés aux Archives de l’Armée de Terre. Source apra.asso.fr

Albert est à Oloron Sainte Marie, nous ne savons pas ou est Henriette. Oloron c’est à quelques kilomètres de Gurs, y a -t-elle été internée avec les autres femmes indésirables en mai 1940 ?

Finalement ils s’installent à Lyon fin septembre 1940, dans un garni de la rue Duguesclin. Rudolf est démobilisé à Collomb Béchar et revient en France où le 23 décembre 1940 il sollicite le droit de s’installer avec ses parents.

Le dossier ne mentionne rien jusqu’à l’arrestation d’Albert. Rudolf déclare travailler chez Pommerol à St Fons, il tente de faire libérer son père raflé à Lyon , mais Albert est déjà à Gurs. Transféré à Drancy Albert fait partie du convoi 50 pour Maïdanek.

Rudolf et sa mère quittent Lyon et se réfugient en Savoie à Vieugy près d’Annecy. En 1946 le préfet du Rhône reçoit un rapport de la sûreté conseillant d’autoriser Rudolf à séjourner en France. Quand à Alice nous ne savons rien d’elle.

Albert n’est pas revenu il avait  cinquante huit ans lorsqu’il a été déporté. Personne n’a laissé de feuilles de témoignage pour lui.

 

 

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