Plus qu’un nom dans une liste : David Mandelbaum

Depuis le 20 février 2012  «Plus qu’un nom dans une liste », une initiative relayée sur Twitter et Facebook, renouvelle la manière de sensibiliser les publics à l’histoire de la Shoah par la publication de micro-biographies de victimes.

Ce texte a été rédigé  par Sophie, nièce de David.

Copie de l'acte de naissance  de David Mandelbaum

Copie de l’acte de naissance de David Mandelbaum

David est né le 14 janvier 1909, 18 rue Saint Bernard dans le 11ème arrondissement de Paris.

Sa mère Esther et son père Iosub Mandelbaum, sont nés en 1871 à Piatra, dans la jolie contrée de Néamt, en Moldavie (Roumanie). Sa mère est née Schwartz, petite fille d’une famille Steinbaum. Iosub exerçait la profession de bottier. Ils ont dû arriver en France vers 1907 (entre la date de naissance de leur fils Ephraim en 1905, et la naissance de David, 1909).

David est le dernier né de la famille. Il est aussi le seul à être né en France.

Selon les témoignages de la famille, David était dynamique, sportif, très aimé de ses neveux qu’il emmenait avec lui à la piscine. Il fréquentait d’ailleurs la piscine où se réunissaient certains membres de la « bande à Manouchian ».

Intrépide, il aurait été le premier de la famille à conduire une automobile. Il se plaisait à faire goûter les joies de la vitesse aux uns et aux autres.

Comme ses frères, il était commerçant. Fourreur, sa boutique était située 365 rue des Pyrénées, dans le 19ème arrondissement de Paris, logeant en sous-sol.

Marié à une catholique le 9 juillet 1935, Madeleine Anne Marie Cordier, il avait accroché à la devanture de sa boutique un calicot indiquant « boutique franco-juive ». Un brin provocateur ? Inconscient ? Trop confiant dans sa nationalité française pour imaginer qu’il risquait lui aussi d’être arrêté ?

Il est mobilisé en septembre 1939, et démobilisé en juin 1940.

Il est arrêté le 24 septembre 1942. Interné à Drancy le lendemain. Il avait 33 ans.

David ne signe pas la fiche comptable de Drancy qui mentionne qu’il portait 900 Francs sur lui au moment de son arrestation.

Il quitte rapidement Drancy, dans le convoi n° 38, le 28 septembre, à 8h55, avec 900 juifs, en direction d’Auschwitz. Parmi eux, 594 roumains, 145 français (pour la plupart enfants nés en France de ces roumains). Le convoi contenait 200 hommes de 17 à 47 ans, dont 120 hommes ont été sélectionnés pour le travail à Auschwitz, et d’autres, ont été sélectionnés pour le travail à Kosel.

Il est probable qu’il soit descendu à Kosel, vers les camps de travail, puisque sa sœur, Leia, reçu de lui des courriers jusqu’en mai 1944.

 

Au lendemain de la guerre, un rescapé des camps aurait témoigné auprès de Mendel, son frère, du courage de David tout au long de la détention. Courage qu’il communiquait à ses camarades. Il serait mort au cours d’une tentative d’évasion, sous les bombardements lancés par les américains pour libérer les camps. Sa famille attendit de longs mois son retour avant de recevoir une attestation de disparition dans les camps.

Malgré les recherches de sa famille, aucune hypothèse sur les conditions de son arrestation n’a pu être validée. A-t-il été dénoncé par une couturière du quartier, jalouse ? par des voisins irrités par un veuvage trop court à leur goût ? ou recherché pour motif politique ?

La fiche de Drancy de David Mandelbaum AN F9

La fiche de Drancy de David Mandelbaum 

©Archives Nationales, série F9, numérisée par le Mémorial de la Shoah

Cette dernière hypothèse serait étayée par le fait que sur sa fiche d’internement de Drancy est apposée l’indication « AAA ». Ce qui signifie : « à ne pas libérer, par ordre des autorités allemandes ». La date de son arrestation correspond à la rafle des juifs de Roumanie, mais aussi à une nouvelle vague d’arrestation des résistants communistes.

Son frère Aron porte plainte en juillet 1946 au doyen des juges d’instruction, contre une arrestation intervenue à la suite « d’une dénonciation intéressée sur laquelle (il) fait les plus expresses réserves ». Le procès a été difficile, sans suite satisfaisante, comme ce fut le cas pour beaucoup des procès dits de «l’épuration ».

David est le dernier né de la famille. Il est le seul français né en France. Il aura été le seul de la fratrie à être déporté. Les autres, Mendel, Aron, Samuel, Leia, Ephraim, sont parvenus à se cacher. Il n’est pas rare qu’un fils ou un petit fils se prénomme «David », en souvenir de celui dont ils ont longtemps attendu le retour. Mandelbaum désigne l’amandier en allemand, et son équivalent hébreu signifie « celui qui veille, le vigilant ».

Sa mère, Esther Mandelbaum, a été déportée deux mois après lui.

 





















Share and Enjoy

  • Facebook
  • Twitter
  • Delicious
  • LinkedIn
  • StumbleUpon
  • Add to favorites
  • Email
  • RSS

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *