Plus qu’un nom dans une liste : Ismak et Frieda Kogan

Ismak et Frieda Kogan

Ismak et Frieda Kogan

Depuis le 20 février 2012  « Plus qu’un nom dans une liste », une initiative relayée sur Twitter et Facebook, renouvelle la manière de sensibiliser les publics à l’histoire de la Shoah par la publication de micro-biographies de victimes. Aujourd’hui Jewishtraces reprend la publication  avec le destin du couple Kogan.

Frederic Viey nous a adressé un article que nous avons édité.

 

Le Vaudoué, petit village tranquille en plein cœur du Gâtinais, a malheureusement subi comme toute la France le joug de l’armée allemande durant la Seconde Guerre Mondiale. Depuis les plaies se sont plus ou moins bien refermées et aujourd’hui peu de personnes se souviennent des évènements survenus durant cette triste période. Avec l’ouverture des documents sensibles des Archives départementales de Seine-et-Marne, il a été possible de redécouvrir les pans ignorés de l’histoire du Vaudoué.  Après soixante dix ans, le maire du Vaudoué, ayant pris connaissance de ces faits et en souvenir du passé de sa famille, a décidé de rendre un ‘’devoir de mémoire’’ aux quatre déportés juifs arrêtés au Vaudoué en 1943 : Ismak et Frieda Kogan ainsi qu’Elsa et Eva Mandelstam.

Autoportrait

Autoportrait

Ismak Kogan est né à Ekaterinoslaw (alors en Russie) en 1898. Son père ébéniste ne s’oppose pas à son départ pour l’Ecole des Beaux-Arts d’Odessa. En 1919, la guerre civile russe interrompt ses études et l’emmène à Moscou où il intègre les Beaux-Arts. Kogan séjourne deux ans dans la région de Kichinev et part à Berlin où il fréquente une académie de peinture. Ismak s’intéresse à l’anatomie et peint principalement des nus. Il entre ensuite en contact avec l’avant-garde berlinoise et décide de continuer sa formation à Paris en 1924. Il fréquente la ‘’Ruche’’ et la colonie juive d’artistes russes. Il rencontre Frieda Mandelstam, jeune passionaria’’ des milieux révolutionnaires et ils se marient. Dans les années 30, le couple vient se reposer au Vaudoué car Ismak est atteint de tuberculose. Ayant relativement bien gagné sa vie, le couple décide d’y ouvrir une pension de famille : ‘’Les Bruyères’’

Les Bruyères

Le premier acte de présence de cette famille au Vaudoué, c’est l’achat d’une concession perpétuelle pour David Mandelstam par Elisa, son épouse et mère de Frieda.

Frieda accouche en 1934 d’un petit Jacques qui passera une grande partie de sa jeunesse entre le Bourg et la forêt du Gâtinais. Hélas, le paysage s’assombrit et la guerre approche, Kogan s’engage au début de la guerre mais n’est pas incorporé en raison de son âge et de sa santé. Il reste au Vaudoué où au début 1941, les juifs de ce village sont recensés. Les archives recensent

  • Rosenstock Régina Reine née le 28 décembre 1877 Strasbourg
  • Kogan Ismak, le Vaudoué
  • Kogan née Mandelstam Frieda
  • Kogan Jacques, six ans.

Dans le processus de discrimination mis en place par les autorités allemandes il y a le marquage des carte d’identité suite au recensement puis l’étoile jaune, ensuite la spoliation des biens juifs. En ce qui concerne Ismak Kogan, le Commissariat Général aux Questions Juives nomme un administrateur provisoire pour la vente de la pension de famille. Celle-ci est adjugée à M. Pierre Delattre, un ami des Kogan, puis vient le temps des arrestations. N’ayant aucune attitude suspecte, I. Kogan est inscrit au carnet ‘’B’’ en raison de l’affluence d’étrangers dans son établissement. Sur cette fiche signalétique, il est inscrit à la main (sans doute par le Préfet) : ‘’Inutile à l’Economie nationale. Avis favorable à l’internement’’. I. Kogan était un réfugié juif russe et à cause de cela le 17 juillet 1941, le Préfet de Seine-et-Marne arrête : ‘’le nommé Kogan Ishak, tenancier d’une pension de famille, domicilié à ‘’Le Vaudoué’’, ‘’Les Bruyères’’ doit être interné administrativement au camp de Beaune-la-Rolande’’. Le 21 juillet 1941, il est conduit par les gendarmes à l’Abbaye de Dammarie-les-Lys dans la voiture de Monsieur Lemaire, Maire du Vaudoué après que Kogan se soit engagé à payer les frais de transport. Il est interné à Beaune-la-Rolande puis ensuite à Pithiviers et finalement à Drancy d’où il est relâché pour cause de maladie. En début février 1943, il est de nouveau arrêté avec sa femme, sa belle-mère et sa belle-sœur :

Ils sont déportés par le convoi n° 46 du 9 février 1943.Ils seront exterminés dès leur arrivée à Auschwitz.

Jacques Kogan, le petit garçon de 8 ans avait pu être mis en garde chez des amis. En 1949, le couple Delattre adoptera l’adolescent de quinze ans. Traumatisé par la déportation de ses parents, Jacques Delattre-Kogan n’a évoqué avec ses enfants son histoire qu’à la fin de sa vie. Son acte de décès en la mairie du Vaudoué retrace en filigrane cette saga familiale. Ainsi disparurent les enfants oubliés du Vaudoué et il ne reste pour conter cette histoire que la villa ‘’Les Bruyères’’, rue des Templiers et une plaque apposée en 2012

 Frédéric Viey

 





















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