Plus qu’un nom dans une liste : la famille Hartmayer

Sigi Hart ( Siegfried Hartmayer) 1925-2011

C’est directement suite à la nuit de Cristal, qu’en 1938 la famille Hartmayer quitte Berlin et l’Allemagne nazie. Hersh, sa femme Adela/Golda et leurs enfants, Marjam, Siegfried et Wolf trouvent refuge en France, dans le village de Bagnères de Luchon dans les Pyrénées Orientales.

Hersh le père n’a que 43 ans, sa femme 4 ans de moins tandis que l’aînée, Marjam n’a pas encore 18 ans. Selon leurs témoignages, Sigi (Siegfried) et Willy ( Wolf) ; les deux frères, sont arrêtés et internés à Agde ce même mois, où l’Allemagne envahit la Belgique.

Tout deux tombent malade et le reste de la famille obtient une permission de visite.

Nous n’avons pas de traces de la famille entre 1940 et avril 1942 ; où nous les retrouvons, à Aulus-les-Bains en Ariège ; en résidence forcée. En Septembre 1942, la gendarmerie arrête toute la famille, ils sont internés le 19 octobre 1942 à Rivesaltes, en provenance du camp du Vernet.

Le 23 novembre 1942 Adela et sa fille sont dirigées sur Gurs, îlot J baraque 15. L’état de santé d’Adela ne s’améliore pas, elle est admise quatre fois à l’hôpital central entre février et novembre 1943. Le 30 novembre, elle est libérée et dirigée sur Lacaune dans le Tarn. Sa fille est depuis 19 janvier 1943 placée dans le centre d’accueil de Vic-sur-Cère dans le Cantal.

Hartmayer_Vic

Avant la fermeture du camp de Rivesaltes en novembre 1942, les deux frères Hartmayer sont dirigés sur le Domaine de la Roche alors que leur père est transféré à Gurs.

Nous ne pouvons affirmer avec précision comment les évènements s’enchaînent à partir de là. En se basant sur les témoignages de Siegfried et de Wolf, il semblerait que Hersh réussit à s’échapper de Gurs, qu’il réussit à se procurer des papiers italiens et qu’il ait été ensuite assigné à résidence à St Martin Vésubie où la famille passe l’été 43.

Saint Martin Vésubie été 1943

Saint Martin Vésubie été 1943

A la fin août 1943, le danger se rapproche à nouveau et le 3 septembre l’armistice avec l’Italie est signé. Le 8 septembre la Wehrmacht occupe l’ancienne zone Italienne. le 10 la Gestapo arrive à Nice. A St Martin, le Comité local d’aide aux réfugiés juifs insiste auprès des familles pour qu’elles fassent rapidement leurs valises et suivent l’armée Italienne dans sa retraite.

La famille Hartmayer échappe aux Allemands.  Wolf et Siegfried rejoignent les partisans italiens, ils ont arrêtés à Florence, gardés dans un cinéma transférés à Fossoli puis déportés à Auschwitz, où ils arrivent le 14 novembre 1943.

Siegfried se retrouve à Buna Monowitz dans le même commando que les frères Linder. Les frères Hartmayer, survivent à l’évacuation d’Auschwitz et sont libérés. Après avoir retrouvé en France le reste de la famille Sigi part en Palestine où il combat pour l’indépendance puis en 1956 dans le Sinaï.

Il émigre en 1957 aux Etats-unis et obtient en 1963 sa naturalisation.

Militant de la mémoire il a participé à de nombreuses actions éducatives liées à son histoire et à la Shoah.

Simon Igel qui a connu Sigi à Auschwitz  :  » Seule clarté dans cet univers épouvantable, l’amitié avec Sigi HARTMEYER, le berlinois, arrivé trois mois après moi : nous partagions tout et nous nous considérions comme deux frères. « …

« Le 18 janvier 1945, les SS décident l’évacuation des trois camps d’Auschwitz. Les valides sont rassemblés sur la place d’Appel et on leur remet une demi-boule de pain. 1er jour : marche dans la neige et la boue glacée, par un froid intense, étape dans une briqueterie. 2 ème soir : arrivée à Gleiwitz : le camp est déjà évacué, les premiers arrivés couchent dans les baraques, les autres dehors. Je suis épuisé par cette «marche de la mort » mais Sigi me force à marcher car tous ceux qui s’arrêtent sont exécutés par les SS.

Le 21 janvier : train de wagons à charbon, à ciel ouvert. Périple interminable par la Pologne, la Tchécoslovaquie et l’Autriche, sans rien manger ni boire, rien que de la neige. On nous refuse à Mauthausen : nous repartons vers l’Allemagne. Quant nous arrivons à Dora, près des trois quarts des occupants du train sont morts. A Dora, les survivants sont triés : la moitié part vers Buchenwald, l’autre moitié, dont je fais partie, reste à Dora. Je travaille comme soudeur à l’arc dans le tunnel où sont assemblés les V1 et V2.

Début avril, avec Sigi, nous quittons Dora, toujours en train à ciel ouvert, sans nourriture et sans eau. Nous arrivons au camp de Bergen-Belsen : nous ne sommes pas logés dans le camp mais dans une caserne, gardés par des SS et des Ukrainiens qui ne se soucient pas de nous donner de la nourriture. Pendant huit jours, nous mangeons de l’herbe, des betteraves fourragères plus ou moins pourries. Nous sommes libérés le 15 avril 1945 à 15 heures par les Anglais qui veulent classer les déportés par nationalité : Français, Anglais…. Et Juifs ! Avec Sigi, nous nous rangeons avec les Français. »

Simon et Sigi se retrouvent plus tard, bien plus tard.

J’ai retrouvé Sigi HART, en 1998, lors d’un rassemblement à Düsseldorf organisé par une association allemande qui faisait des études sur Buna Monowitz et recherchait, de par le monde, les survivants du camp. Ainsi «Ik» et Simon «à la cicatrice derrière l’oreille» sommes tombés dans les bras l’un de l’autre. Depuis, je suis allé deux fois à Los Angeles chez mon ami.

Sigi est mort en 2011

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