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Moses Goldschlagg

 

 

 

 

Les lettres que nous avons transcrites proviennent de la correspondance établie entre Moses Goldschlagg et Alice Ferrières entre le 26 janvier 1942 et le 23 juillet de la même année.

Moses est interné au camp de Noé en Haute Garonne. il est né à Drohobycz le 1er avril 1883, docteur en droit ,il épouse à Vienne Anna Axelrad le 15 août 1916.

En 1938 il quitte l’Autriche pour Bruxelles où il est arrêté le 10 mai 1940, interné à St Cyprien puis à Gurs son parcours dans les camps français s’achève à Drancy d’où il est déporté le 28 août 1942. Il a 61 ans lors de son internement et n’a probablement pas été sélectionné à son arrivée à Auschwitz où il est mort.

 

 

 

 

 

 

Correspondance

 

 

 

 

Correspondance M. Goldschlagg – Alice Ferrières, professeur, Place du Rabat, Murat (Cantal).

26 janvier 1942- 23 Juillet 1942

Expéditeur : Moses Goldshlagg, infirmerie pavillon 66, camp de Noé, Haute Garonne.

 

Le 26 janvier 1942.

 

Mademoiselle,

J’ai reçu le 19 votre honorée et deux jours après votre colis. Ayant été alité, je n’ai pu répondre tout de suite ; je le regrette beaucoup.

Mais soyez assurée que je vous en suis reconnaissant du plus profond de mon cœur.

Quelques mots sur ma personne : Je suis d’origine polonaise et naturalisé Autrichien. J’avais 59 ans le 1er janvier de cette année. Ma mère est morte en 1918. Mon père âgé de 82 ans, ainsi que toute ma famille demeurent en Pologne. Mon frère est pharmacien. Malheureusement je n’ai pas de leurs nouvelles. J’ai fait mes études secondaires et universitaires en Pologne. Je suis docteur en droit, j’ai été conseiller juridique dans une société d’assurance à Vienne. Ma femme d’origine polonaise elle aussi est pharmacienne de 1ère classe. En 1938, quelques jours après l’Anschluss j’ai quitté l’Autriche avec ma femme et mon fils maintenant âgé de 17 ans pour la Belgique.

Interné à Bruxelles le 10 mai 1940 comme tant d’autres étrangers, on m’a renvoyé à St Cyprien et à Gurs d’où on m’a transféré en février 1941 à Noé, où je me trouve actuellement.

Il est malheureux de se trouver privé de tout. Mais au comble de mon infortune je suis encore malade de la Prostate et je souffre chroniquement de l’estomac. Mon affaiblissement est général. Ayant 1m75 de taille je ne pèse que 50 kilos.

Votre colis m’a été plus qu’utile. Mes sincères remerciements à Madame la directrice de ses chaussettes.

Je vous serais très reconnaissant si vous aviez la bonté de m’envoyer au plus vite du fromage, du chocolat, de la marmelade et de la graisse. Pour l’infirmerie, n’autorise dans les colis même les denrées rationnées.
L’hiver étant rigoureux et moi trop affaiblis, j’aurais actuellement, plus qu’à aucun autre moment besoin des denrées nutritives. Si vous pouviez ajouter 2 serviettes de toilette je me trouverai tout à fait comblé.

Le camp possédant une bibliothèque, je ne crois pas nécessaire de vous charger encore de l’envoi de livres. Veuillez mademoiselle me faire l’honneur et le plaisir de votre correspondance, elle constitue pour moi l’espoir et le courage.

Veuillez agréer mademoiselle, avec mes remerciements anticipées, l’expression des mes sentiments les plus distinguées.

 Dr Moses Goldschlagg.

Ps : Mes sentiments les plus respectueux à Mr votre père.

 

10/2/1942

 Mademoiselle,

J’ai reçu votre aimable lettre le 3 courant ainsi que votre précieux envoi.

Je ne trouve pas de mots pour vous remercier de votre extrême bonté. Je dois vous dire que vous avez su choisir merveilleusement justement tout ce qui est nécessaire à ma santé et je ne saurais trop vous en féliciter. J’ai regagné l’espoir pour l’avenir et la paix intérieure en apprenant votre si chère disposition de bien vouloir penser à moi à l’avenir dans toute la mesure de vos moyens possible.

Je vous serais très obligé de bien vouloir remercier chaleureusement Madame la Directrices de même que vos deux élèves. Le tonique envoyé aide beaucoup à fortifier mon organisme épuisé. J’attendais justement quelques jours pour vous remercier de votre envoi de façon à pouvoir vous signaler l’efficacité du fortifiant. D’accord avec votre généreux désir si aimablement exprimé je me permettrai de vous faire savoir dès que j’aurai terminé la bouteille ?

Le temps très rigoureux qui sévit est contraire à ma santé et je suis obligé de rester souvent au lit mais je ne perds pas espoir que le beau temps viendra aussitôt. Je suis très sensible de voir vous occuper avec tant de bonté de mon neveu Henri.

Je vous serais reconnaissant si vous vouliez m’écrire de temps à autre ; vos paroles de noblesse et bonté m’ont profondément ému et je vous remercie de tout cœur. Je vous prie d’agréer chère Mademoiselle l’expression de mes sentiments dévoués et les plus cordiaux.

Dr Moses Goldschlagg.

 

27/2/1942

 

J’ai reçu votre lettre du 15 courant le 18 février, et le colis le 21 courant. Malheureusement je n’ai pu pour raison de santé vous répondre aussi tôt comme je l’aurais désiré. Le mauvais temps qui sévit ici presque de façon continuelle a une mauvaise influence sur mon état de santé. J’ai été obligé de garder quelques jours le lit. Me sentant un peu mieux je m’empresse de vous répondre. Je n’en ai pas écrit à ma belle-sœur pour ne pas l’inquiéter.

Mes plus sincères remerciements pour votre colis. Il est appréciable pour ma santé. Il fortifie mon organisme qui est très affaibli et le rend plus résistant.

Vous me dits, chère mademoiselle, être très confuse de mes remerciements, trouvant que c’est le plus simple devoir d’entre-aide qui s’impose à tout le monde dans des circonstances pareilles. Mademoiselle, je suis tout à fait ému par l’élévation de votre pensée. Mais permettez moi de vous faire remarquer que par le temps qui court, tant de devoir vous sollicitent de toute part, qu’il y a vraiment du mérite à vouloir les remplir tous.

Je suis également très touché de l’intérêt que vous me portez et du désir que vous exprimiez de savoir comment je passe mon temps. Je passe généralement au lit jusqu’à midi. Je passe le temps à lire des livres et journaux. Ca m’instruit et me fait oublier mes chagrins. Je lis généralement deux ou même trois fois le même livre, la première fois pour son contenu, les autres fois pour approfondir les détails et le style. Nous vivons ici plutôt en bons voisins qu’en bons camarades pour la simple raison que nous ne nous connaissions pas avant de nous rencontrer à Noé et que dans ces conditions la prudence s’impose.

Je réitère mes sentiments de la plus profonde reconnaissance et je cous prie de m’écrire de temps en temps en me parlant de vous même.

Veuillez agréer, Mademoiselle, l’expression de mes sentiments les plus cordiaux et de mes considérations les plus distinguées.

Dr Moses Goldschlagg.

 

9/3/1942

 

Mademoiselle,

J’ai reçu avec plaisir votre honorée daté du 3 courant. Malheureusement je me sentais très mal la semaine dernière et mardi je me suis complètement évanoui. A présent je reste plus longtemps au lit –ce qui me fait du bien, le repos m’étant tout indiqué. Je n’en ai rien écrit à ma belle-sœur de crainte de lui causer de l’inquiétude.

Si je ne craignais pas d’abuser de votre bonté Mademoiselle, je vous demanderais de me renouveler l’envoi d’un colis aussitôt que possible ; les denrées que j’ai reçues la dernières fois m’ont fait beaucoup de bien, ainsi que le fortifiant. Voici le nouveau règlement concernant le colis. Prière d’en prendre note une fois pour toute.

Denrées rationnées autorisées dans les colis, mais pour les infirmeries seulement : beurre, biscottes, biscuits secs, chocolat, confiture, fromage (crème de gruyère, camembert la pièce.), jambon, lait (frais, condensé, poudre.) œufs, pâté, charcuterie, saucisson, *** viande conservée, corned beef etc..

Denrée interdites pour tous : cacao, café, farine, (blanche lacté, chocolaté), graisse végétal, huile d’olive, arachide etc. lard, tous les légumes secs, pâtes (nouilles, vermicelles etc..) pain au dessus de 500g et thé.

Je reçois de temps en temps des nouvelles brèves de ma famille de Bruxelles, par l’intermédiaire de la Croix- Rouge internationale de Genève.

Je vous serais infiniment reconnaissant mademoiselle, si la famille de Mme votre tante voulait se donner la peine d’honorer ma famille en liant connaissance avec les miens à Bruxelles.

Voici leur adresse : Anna Goldschlagg, 46 rue Blaes, qu’elle ait l’obligeance de ne rien dire à ma famille que je suis à l’infirmerie malade. Les miens ne sachant pas que le Baraque 66 en est une. Je m’excuse d’être obligé d’abréger me sentant un peu fatigué.

Je vous remercie infiniment de tout ce que vous avez fait pour moi et vous prie de vouloir bien agréer les sentiments de ma considération la plus distinguée et de ma reconnaissance la plus profonde.

Dr Moses Goldschlagg.

 

 

23/3/1942

 Mademoiselle,

J’ai reçu votre honorée daté du 13 et le colis. Ma langue est très pauvre pour vous exprimer les sentiments de profonde reconnaissance que j’éprouve de tout ce que vous faites pour moi. Le colis est arrivé en très bon état, il n’y avait qu’un œuf u peu toqué, ce qui ne m’empêchait pas du tout de le consommer dans ma soupe, à l’instar des autres trois : ne pouvant rien cuir dans le camp.

Les denrées très nutritives que je viens de consommer m’ont fait beaucoup de bien. De même le fortifiant, dont je prends régulièrement trois cuillères par jour à soupe et qui me suffirait au moins pour encore une semaine, a un effet heureux sur ma santé et mon organisme très affaibli.

Les pommes de terre dans le colis sont interdites même pour les infirmeries. Au sur plus elles sont à cuire et toutes les denrées à cuire sont strictement défendues. Je suis très heureux de savoir que vous venez aussi en aide à mon beau frère. Quant à son moral, il est vraiment digne d’envie. Tout le monde ne peut pas en dire autant. Mais célibataire n’a à s’occuper que de lui-même, tandis que moi j’ai des soucis de ma famille.

Je souffre énormément d’être éloigné de ma chère famille et dans de tels moments des lettres généreuses dans le genre des vôtres me sont encore plus sensibles. J’y trouve consolation et espoir.

Je m’excuse d’avoir à formuler une demande : votre généreuse compréhension m’en autorise.

Il me manque : Une brosse à chaussures, une à vêtement et une bretelle. Il va sans dire qu’elles ne doivent pas du tout être neuves ; m’envoyées en une seule fois pour ne pas nous causer trop de dépenses.

Mes sincères remerciements à vos élèves qui ont participé au colis.

Je vous renouvelle, chère mademoiselle, l’expression de ma reconnaissance la plus profonde et de mes sentiments d’amitié les plus inaltérable.

Dr Moses Goldschlagg.

 

 

 

27/4/1942

 Mademoiselle,

J’ai reçu votre lettre en date des 13 et 16 courants, le colis le 18 de ce mois. Je vous en remercie du plus profond de mon cœur. Les trois œufs ainsi que les quelques morceaux de sucre m’ont fait beaucoup de bien. Le fortifiant étant assez tonique, je me contente d’une cuillère à café avant les deux repas du midi et de 18h.

Censure

Je vous prie mademoiselle de remercier de ma part vos amies qui vous ont procuré un morceau de savon presque introuvable à l’heure actuelle.

Je vous suis également gré de votre **ation de vous confier mes désirs. Il m’est *** dire ; désagréable de tant abuser de votre bonté. Je m’en autoriserai néanmoins dan des cas exceptionnels pour des *** indispensables et qu’on me trouve point à la cantine. Je vous remercie de la peine que vous vous donnez de me procurer les choses que j’ai demandées dans mes lettres précédentes.

Ajoutez-y mademoiselle, si possible du cirage ** pour bottines et quelques enveloppes. Remerciez aussi de ma part vos élèves qui ** marquent tant d’intérêt.

Je vous prie cher mademoiselle de vouloir bien agréer mes remerciements les plus sincères, l’expression de mes sentiments dévoués.

Dr Moses Goldschlagg.

 

23/7/1942

 

Mademoiselle,

Je vous accuse réception de votre lettre du 12-16 et du colis, le 18 courant. Je vous en remercie de tout cœur.

Je me sens malheureusement ces derniers temps, de nouveau assez affaibli, probablement le brusque changement de temps y est pour quelque chose.

Je pèse actuellement 51 kilos 400, ayant 1m 75 de taille.

Je vous remercie beaucoup du fil que vous m’avez envoyé parce que tous mes effets ont besoin de fréquents rapiéçages. Pourriez vous m’envoyez un peu de cirage ?

Je suis très peiné en pensant à la situation de ma belle-sœur ; mais la certitude que vous ne manquer pas de faire tout votre possible pour soulager son malheureux sort me tranquillise un peu. Je n’ai plus depuis un certain temps de ses nouvelles, probablement elle cherche à me cacher ses malheurs pour m’épargner des chagrins. Prière de me donner de ses nouvelles.

J’espère que étant à la campagne, il sera maintenant un peu plus facile de vous procurer les denrées alimentaires que vous voulez bien m’envoyer.

Chez moi rien de nouveau. Je vous souhaite mademoiselle de bonnes vacances. Vous les avez bien méritées après l’année scolaire si chargée dont vous avez bien voulu m’entretenir dans vos lettres précédentes.

Prière de me donner souvent de vos nouvelles de votre vie à la campagne, etc. Agréer, chère mademoiselle, l’expression de mes sentiments les plus dévouées et de ma reconnaissance la plus profonde.

 

Dr Moses Goldschlagg.

Salut cordial à votre père à qui je souhaite également de bonnes vacances.

 

 Noé, le 14 novembre 1942

 

Le Chef du camp de Noé,

 

A Mademoiselle Alice FERRIERES

Professeur au collège de jeunes filles

Place du Balat, Murat, Cantal.

 

Comme suite à votre lettre en date du 11 courant, j’ai l’honneur de vous faire connaissance que le nommé :

Goldschlagg Moses

De nationalité Polonaise, à été transféré au camp de Récébédou (Haute Garonne) le 22/08/1942 et dirigé sur une destination inconnue.

Le chef du Camp : Signature.

 

 

 

 

 

 

 

 





















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  3 comments for “Plus qu’un nom dans une liste: Moses Goldschlagg

  1. FOGEL
    26 janvier 2013 at 10 h 38 min

    Mon grand-père maternel Fajwel ROTKOPF était dans le m^me conoi N°25 parti de Drancy le 28 aout 1942. Lui aussi est arrivé de Belgique en France le 10 mai 1040.

  2. CLAVEL Myriam
    19 janvier 2013 at 16 h 56 min

    Son transfert du camp de Noé, vers le camp du Récébédou le 22 aout 1942, (encore en zone libre), l’a emmené à Drancy, camp de triage qui l’a expédié à Auschwitz pour le faire exécuter.

  3. CLAVEL Myriam
    6 janvier 2013 at 18 h 10 min

    Cette correspondance échangée entre Moses Goldschlagg, malade au camp de Noé en Haute-Garonne et une enseignante de collège à Murat (Cantal)en 1942, témoigne du manque de nourriture dans ce camp d’internemnt encore en zone libre. La lettre de protestation de Mgr Saliège, datée du 23 août 1942, a été rédigée à partir de témoignages de ce type, sur les conditions déplorables d’internement de familles juives, dans les camps de Haute Garonne. L’opinion publique française commencera à s’émouvoir du sort fait aux familles juives et d’autres évêques protesteront dans le midi (Montauban, Albi, Marseille).

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