Plus qu’un nom dans une liste : Rachel Muller

Rachel, 22 ans, et Manek Muller, 20 ans, arrivent à Paris en 1929 de Tarnow (Pologne). Ils ont quatre enfants. Manek, né aux environs de Biecz (Pologne), est tailleur, son épouse l’aide dans son travail.
Les conditions de vie sont terriblement difficiles mais elles se sont améliorées et la famille est unie et joyeuse.

Le directeur de l’école des enfants vient prévenir Manek le 15 juillet 1942 de l’imminence d’une rafle de Juifs.
Les rafles de 1941 avaient rendu Manek méfiant et il se cache dans la nuit du 15 au 16 juillet 1942.
Rachel, accompagne son mari – qu’elle croit le plus exposé – chez une amie concierge et lui dit : « Je vous laisse mon bien le plus précieux« . Personne ne se doute alors que les policiers français emmèneront aussi les femmes et les enfants.
Manek est donc absent quand le 16 juillet 1942, deux hommes en imperméable beige tambourinent à la porte de l’appartement de la rue de l’Avenir.
C’est la rafle du Vel d’Hiv.  Rachel supplie les policier à genoux, leur demandant de l’emmener, elle, mais de laisser les enfants… Les policiers ne l’entendent même pas.
La petite Annette, 9 ans, pleure pour emmener sa poupée, Marie-Claire. « L’inspecteur me l’a arrachée des bras et jetée sur le lit. Je me suis tue, effrayée.« , raconte-t-elle.

Rachel et ses quatre enfants, Annette, Michel, Henri et Jean sont arrêtés. Dans le centre de rassemblement du quartier, Rachel réussit à faire évader Henri et Jean, les deux garçons les plus âgés. Ils retrouvent leur père qui désespère de pouvoir les cacher quand il croise le chemin d’une religieuse qui va les sauver. Sœur Clotilde rencontrée dans un train propose de se charger des enfants et les place dans un orphelinat catholique.
Annette, son jeune frère et sa mère, Rachel sont emmenés à Drancy, puis internés au camp de Beaune-la-Rolande.
Là, les gendarmes français ont arraché les enfants à leurs mères qui prenaient, dans des wagons plombés, le sinistre chemin d’Auschwitz.
Annette évoque cette déchirure : «  » Celui d’une journée entière de coups, de violence extrême. Les gendarmes arrachaient leurs bijoux aux femmes qui ne les avaient pas jetées dans les toilettes ou cousus dans les vêtements de leurs enfants. Tout le monde s ‘était rassemblé au milieu du camp. Les enfants s’accrochaient aux mères, les tiraient par leurs robes. A coups de crosse, de matraque, de jet d’eau glacée on a voulu nous séparer. C’était une bousculade sauvage, des cris, des pleurs,des hurlements de douleur. Soudain, ce sera le silence, avec cette scène multipliée par des centaines. Michel et moi, nous tenant par la main, sans bouger, des larmes séchant sur nos visages, nous regardons maman, immobile au premier rang du groupe qui nous fait face. De loin, je vois son sourire, son regard tendre. Sa main ébauche un salut. On emmène le groupe et nous restons seuls. »

Rachel sera déportée sans retour à Auschwitz, tandis qu’Annette reste reste seule dans le camp avec son petit frère, Michel, 7 ans.

Rachel Muller et ses quatre enfants

Manek soudoie un dirigeant polonais de l’UGIF qui intervient pour que Rachel soit libérée… mais elle a été déportée la veille de Beaune-la-Rolande. Annette et Michel sont déjà à Drancy quand leurs noms sont rayés de la liste des partants ; ils sont conduits à l’asile Lamarck (une maison de l’UGIF).
Manek apprend que les enfants avaient été transférés de Beaune-la-Rolande à Drancy. Là-bas, il réussit à savoir par un gendarme qu’ils venaient de partir pour l’asile Lamarck.
Il s’y rend et y voit des gosses dans la cour, la tête rasée, maigres, cherchant un bout de pain en grattant dans la terre. Le directeur le laisse à peine entrer et lui dit : « Soyez heureux qu’ils soient là« . En revanche, les enfants ne peuvent être emmenés puisque venant de Drancy, ils sont sous contrôle allemand.
Grâce à  Sœur Clotilde, il réussit à les faire sortir à la fin du mois de novembre 1942 pour être cachés à l’orphelinat catholique de Neuilly-sur-Seine où Henri et Jean vont les rejoindre plus tard.

Réunis, les quatre enfants sont placés au Mans dans un foyer d’orphelins juifs.  Manek, ses enfants cachés, ne cessera de fuir devant les Allemands persécuteurs.

Manek à Toulouse

Annette Muller est l’auteur de La petite fille du Vel d’Hiv  préfacé par Serge Klarsfeld : « Les quatre enfants de Manek ont survécu et Annette est devenue la mémorialiste de la famille. Le récit d’Annette, la fille de Manek et de Rachel est d’une intensité émouvante, tant l’amour pour sa mère dominait sa vie d’enfant ; une mère gaie, belle, intelligente, travailleuse, coquette et sociable. Le jour de la rafle, la mère supplie : Ne prenez pas les enfants. »

 

Samuel Muller fils de Michel a accompagné son père en Pologne il en a tiré un film

Un voyage pas comme les autres – un film de… par fondationshoah

Share and Enjoy

  • Facebook
  • Twitter
  • Delicious
  • LinkedIn
  • StumbleUpon
  • Add to favorites
  • Email
  • RSS

  1 comment for “Plus qu’un nom dans une liste : Rachel Muller

  1. Steier Lily
    29 avril 2012 at 8 h 08 min

    Chere Melanie. Ce recit dont je connaissais chaque detail m’a beaucoup emue.Je voudrais te signaler que des deux femmes que l’on voit derriere ton grand pere, celle de gauche, la petite, est ma mere

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *