Sur mon bras un numéro

 

Batsheva Dagan et son époux après la guerre

Batsheva Dagan est née à Lodz en 1925. Lorsque la guerre éclata, elle était au lycée. Lorsque l’ordre fut émis de concentrer tous les juifs dans le ghetto, ses frères plus âgés s’enfuirent vers la Russie, tandis que Batsheva, ses deux sœurs et leurs parents partirent pour la ville de Radom.

En 1941, le ghetto de Radom fut clôturé puis liquidé en 1942. Ses parents et sa grande sœur furent envoyés à Treblinka.

Dans le ghetto de Radom, Batsheva était active dans le mouvement de jeunesse « Hashomer Hatzair », et elle servit comme courrier vers le ghetto de Varsovie, où elle était en contact avec les leaders du mouvement. Elle portait sur son dos le journal « Neged Hazerem » (en Hébreu : « A contre-courant ») vers le bureau du mouvement dans le ghetto de Radom.

S’étant procurée de faux papiers, elle fuit vers l’Allemagne, où elle travailla comme femme de ménage. Quelques mois plus tard, elle fut dénoncée et arrêtée. Avant d’arriver à Auschwitz-Birkenau, elle passa par six prisons allemandes.

Batsheva arriva à Auschwitz en mai 1943 et y passa 20 mois, jusqu’au 18 janvier 1945. Parallèlement à la poussée des alliés, les prisonniers furent envoyés en une longue marche vers des camps de concentration, situés en Allemagne.

Elle fut libérée en mai 1945 par l’armée américaine et se rendit en Belgique. Quatre mois plus tard, elle partit pour la Palestine. Batsheva a deux fils, 10 petits-enfants. A Jérusalem elle fait partie des six survivants qui ont allumé les flambeaux lors de la cérémonie à Yad Vashem le 18 avril 2012

 

 

Psychologue elle a publié de nombreux ouvrages pour enseigner la Shoah aux plus jeunes.

Imagination : Bénie soit-elle, Maudite soit-elle, est le premier ouvrage de Batsheva Dagan publié en français. Édités pour la première fois en 1997 les poèmes de Batsheva Dagan ont été publiés depuis en anglais et en allemand. Une nouvelle édition en hébreu a eu lieu en 2009 en Israël.

Les poèmes  en prose de Batsheva Dagan sont des souvenirs de ses expériences de jeune fille  prisonnière en camp de concentration. Même si  poésie et camps de concentration semblent s’exclure mutuellement, bien des survivants ont tenté d’exprimer la terreur de leur vécu au cours de leur emprisonnement par cette forme littéraire

Écrits dans, un langage direct qui est compréhensible par les jeunes lecteurs, Batsheva partage ses  souvenirs de ses expériences les plus intimes dans les ghettos et les camps de concentration. Rétrospectivement, elle tente de répondre à la question qui lui est fréquemment posée lors de ses interventions  « C’était comment la vie à Auschwitz ?  »

 

 

Sur mon bras un numéro
Signe du passé
Il ne peut être effacé
Ni à l’eau, ni à la salive
Il est tatoué dans ma peau
Et il est toujours avec moi.
Si quelqu’un en a le moindre doute
Je retrousserai la manche jusqu’au coude.

 

Pour beaucoup, c’est bizarre
De voir le numéro.
Mais celui qui sait n’est pas consterné
Le numéro là-bas venait à la place du nom.

 

Là-bas, en plus du numéro gravé sur mon bras
Ce même numéro était imprimé sur le vêtement,
Toujours le même numéro
Mais avec une étoile de David.
Qu’est-ce que ça veut dire? Qui comprendra ?
Ça veut dire l’annulation de la liberté. Une condamnation.

 

Le plus terrifiant, sans aucun doute,
C’était la menace d’être tué au gaz
Et de sortir par le four
Vers le haut, comme des colonnes de fumée.

 

Mais malgré cela j’ai réussi à survivre,
A vivre à nouveau une vie honorable
A porter un nom propre et un nom de famille
Et une carte d’identité pour le prouver.

 

Il n’y a que le numéro sur mon bras qui reste
Il n’a pas du tout changé.
Il existe aujourd’hui
Comme il existait là-bas.

 

Clair et lisible
Pas en vain,
Un numéro symétrique, spécial,
Celui-là il n’y en a qu’un.
Il a eu droit, avec moi, à la liberté,
A jamais il restera gravé.

Share and Enjoy

  • Facebook
  • Twitter
  • Delicious
  • LinkedIn
  • StumbleUpon
  • Add to favorites
  • Email
  • RSS

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *