Un jour avant le printemps, la nuit.

Aujourd’hui pas de biographie d’une victime de la Shoah.

L’angoisse, qui ne porte sur rien, ne peut être combattue, tandis que les
peurs, qui sont limitées, peuvent être apprivoisées. On préfère, donc, avoir peur
de quelque chose, plutôt que d’être angoissé par rien, c’est-à-dire par tout

D’où cette idéologie de la peur qui est si puissante aujourd’hui. Elle est une
idéologie, car elle offre, au fond, tout ce qui manque à nos sociétés
désenchantées (…) J’ai peur, donc je suis. (extrait du Collège de Philosophie. La
nouvelle idéologie de la peur).

Aujourd’hui on s’arrête, on réfléchit, on pleure parfois. On ne pleure pas sur nous, non on pleure pour eux pour leurs familles dévastées. Pour ce pays qui se divise. Pour ce pays qui a peur, peur de l’autre. Pour les écarts de langage, les insultes qui fusent. Pour des jeux de mots où l’humour sert la haine de l’autre. Quelle est cette société, qu’avons nous fait ?

Je ne fais pas porter la responsabilité aux seuls politiques qui ont libéré la parole raciste  ces dernières années, nous sommes tous responsables. Responsables d’avoir laissé faire, responsables de ne pas manifester plus radicalement, plus systématiquement contre les discriminations. Manifester notre irritation quand les médias et les politiques qualifient les trois jeunes filles victimes d’un accident de la route par l’origine de leur famille, quand ils accolent systématiquement la locution  » issu de l’immigration » pour discriminer un jeune. Manifester quand les contrôles au faciès sont la règle. Manifester et signaler aux médias qu’ils manquent à leurs devoirs quand ils laissent se propager dans leurs commentaires des propos haineux. La haine nous détruit , insidieusement. elle s’infiltre partout et nous sépare.

Tu trouves normal que l’on doive mettre des gardes en armes devant une maternelle ? Tu trouves normal que les institutions confessionnelles juives et musulmanes doivent protéger leurs pratiquants. Tu trouves normal que les cimetières juifs et musulmans soient désacralisés, que les tombes soient vandalisées.

Qu’avons nous fait? Assieds-toi , réfléchis, prends ta tête dans tes mains et pleure. Tu as laissé faire.

Demain tu te lèveras  et tu agiras, à ton niveau tu cesseras de raconter ces blagues douteuses, sectaires, haineuses. Si tu te sens l’âme militante vas-y milite, adhère, agis. Ouvre ta bouche quand ton voisin dérape, quand ton journal dérape, quand le présentateur télé dérape. Cela n’est pas permis, c’est répréhensible. La haine de l’autre, le racisme, le gay-bashing, l’incitation au meurtre, tout cela, la loi de ce pays l’interdit encore. Alors bouge et agis. Ne reste pas silencieux quand le dérapage commence.

Je ne vais pas faire d’analogie avec d’autres temps parce que le problème est là, aujourd’hui.

Sèche tes larmes et agis. Demain c’est le printemps.

 

Jonathan Sandler 30 ans, ses deux enfants Aryeh et Gabriel, 3 et 6 ans, ainsi que Miryam Monsonégo 8 ans ont été assassinés ce matin 19 mars 2012 devant l’école à l’heure où ils auraient du entrer en classe.

 

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