Un seul homme peut faire la différence: Raoul Wallenberg

 

 

 

 

 

 

Avec pour seule arme le courage et l’esprit civique, Raoul Wallenberg a sauvé des dizaines de milliers de juifs de la Shoah. Son histoire a été une source d’inspiration dans le monde entier et son action rappelle combien la lutte contre le racisme reste nécessaire.

Il aurait eu cent ans en 2012

Partout dans le monde, des monuments, des statues et d’autres oeuvres d’art honorent la mémoire de Raoul Wallenberg. Son souvenir est perpétué dans la littérature, la musique et les films ; nombre de bâtiments, de places, de rues, d’écoles et d’autres institutions portent son nom. 2012 marque le centenaire de la naissance de Wallenberg. Son oeuvre humanitaire reste vivante, rappelant sans cesse que chacun a sa part de responsabilité dans la lutte contre le racisme et montrant l’importance du courage et d’une prise de position personnelle – parce qu’un seul homme peut faire la différence.

Les « maisons suédoises », un refuge

Diplomate et homme d’affaires, Wallenberg a été nommé secrétaire à la légation suédoise de Budapest en juin 1944. À la tête d’un département spécial, il était chargé de lancer une opération de sauvetage des juifs. En délivrant des « passeports de protection » suédois et en louant des immeubles, les « maisons suédoises » où les juifs pouvaient trouver refuge, il a sauvé des dizaines de milliers de vies.

En janvier 1945, Wallenberg a été arrêté par les forces soviétiques. Son sort n’a jamais été élucidé. Les autorités russes affirment qu’il est mort dans une prison soviétique le 17 juillet 1947, mais de nombreux témoignages donnent à penser qu’il était peut-être en vie beaucoup plus tard.

Les passeports de protection ont sauvé beaucoup de juifs

En délivrant des passeports de protection et en leur assurant un refuge sûr, Wallenberg a sauvé des dizaines de milliers de juifs à Budapest.

En 1944, l’administration américaine a créé le War Refugee Board (WRB), un organisme chargé d’arracher les juifs à la persécution nazie. Ayant compris que la Suède accomplissait de sérieux efforts pour sauver des juifs en Hongrie, le WRB s’est employé à trouver quelqu’un qui puisse lancer une vaste opération de secours à Budapest. La mission a été proposée à Wallenberg, qui a accepté.

Avant l’arrivée de Wallenberg à Budapest, c’est Valdemar Langlet, délégué de la Croix-Rouge suédoise, qui aidait la légation suédoise. Langlet louait des immeubles pour le compte de la Croix-Rouge et y apposait des plaques comme « Bibliothèque suédoise » ou « Institut de recherche suédois ». Ces immeubles servaient ainsi de refuge pour les juifs.

Des milliers de passeports imprimés

La première mesure de Wallenberg a été de créer un passeport de protection suédois. Sachant que les bureaucrates allemands et hongrois avaient un faible pour les symboles, il avait fait imprimer les passeports en jaune et bleu, avec les armes de la Suède au centre. Il les munissait des tampons et des signatures appropriés. Wallenberg réussit à convaincre le ministère hongrois des Affaires étrangères d’approuver 4 500 passeports de protection. En fait, il en avait délivré trois fois plus. Vers la fin de la guerre, alors que la situation était désespérée, il utilisait une version simplifiée du passeport qui ne portait que sa signature. Dans le chaos ambiant, même ces documents étaient acceptés.

Pour parvenir à ses fins, tous les moyens étaient bons, des pots-de-vin aux menaces de chantage. Au départ, les autres diplomates de la légation de Suède tiquaient devant ces méthodes peu orthodoxes. Mais, voyant que les efforts de Wallenberg donnaient des résultats, ils ne tardèrent pas à le soutenir. Son département s’agrandissait, et au moment de sa plus grande extension plusieurs centaines de personnes y travaillaient.

Le 20 novembre 1944, Adolf Eichmann lança une série de marches de la mort, forçant des milliers de juifs à quitter la Hongrie à pied dans des conditions extrêmement dures. Wallenberg les aidait en leur fournissant des passeports, de la nourriture et des médicaments. En janvier1945, l’Armée rouge entrait à Budapest. Le 17 janvier, Wallenberg était arrêté par les forces soviétiques.

D’autres diplomates suédois et des diplomates de pays neutres se joignirent à cet effort de secours. Carl Lutz, diplomate suisse, délivra des certificats d’immigration qui mirent près de 50.000 Juifs de Budapest sous la protection de la Suisse en tant qu’émigrants potentiels vers la Palestine. L’homme d’affaires italien Giorgio Perlasca se fit passer pour un diplomate espagnol ; il délivra de faux visas espagnols et créa des lieux sûrs, dont un pour les enfants. Lorsque l’armée soviétique libéra Budapest en février 1945, il y restait encore plus de 100.000 Juifs, principalement grâce aux efforts de Wallenberg et de ses collègues.

À la recherche de Raoul Wallenberg

Le sort de Wallenberg reste une énigme. Ce qu’il est devenu après son arrestation n’est toujours pas clairement établi. En avril 1945, il était certain qu’il avait effectivement disparu. Les informations fournies par les Russes donnaient à penser qu’il n’était pas en Union soviétique.

Dans les premières années 1950, d’anciens prisonniers de guerre attestaient qu’ils avaient vu Wallenberg en prison à Moscou, ce qui décida la Suède à renouveler ses efforts. En 1957, le gouvernement soviétique donnait une nouvelle réponse. On avait découvert un document manuscrit daté du 17 juillet 1947, selon lequel « le prisonnier Walenberg (sic)… était mort la nuit dernière dans sa cellule ».

La Suède était sceptique mais les autorités soviétiques s’en sont tenues à cette version pendant plus de trente ans. En octobre 1989, les démarches du gouvernement suédois et de la famille Wallenberg ont abouti à une avancée. Des représentants de la famille ont été invités à Moscou pour une entrevue. À cette occasion, le passeport, l’agenda et d’autres objets appartenant à Wallenberg ont été remis à sa famille. Ils avaient apparemment été retrouvés lors de la rénovation des archives du KGB.

Deux ans plus tard, les gouvernements suédois et soviétique convenaient de nommer un groupe de travail commun pour faire la lumière sur ce qu’il était advenu de Wallenberg. Leurs rapports ont été publiés en janvier 2001. Le groupe de travail concluait que bien des points importants restaient à élucider et que par conséquent le dossier Wallenberg ne pouvait être clos.

Témoignages personnels

Raoul Wallenberg a marqué d’innombrables vies pendant son séjour à Budapest. Voici deux témoignages parmi beaucoup d’autres.

Joni Moser

« J’étais le garçon de courses de Wallenberg. Comme je parlais l’allemand et le hongrois, je pouvais passer les barrages et j’étais donc tout désigné pour servir de messager ». Moser raconte le jour où Wallenberg a appris qu’environ 800 travailleurs juifs étaient en marche forcée vers Mauthausen. Il s’était rendu en voiture avec Wallenberg sur le passage de la marche. Wallenberg demanda à ceux qui avaient un passeport suédois de lever la main. « S ur son ordre, je courais entre les rangs et je leur disais de lever la main, qu’ils aient un passeport ou non. Ensuite, il a exigé de prendre en charge tous ceux qui avaient levé la main, et son autorité était telle qu’aucun des gardes hongrois ne s’y est opposé. Le plus extraordinaire, c’était le pouvoir de persuasion irrésistible qu’il avait. »

 

Tibor et Agnes Vandor

Tibor et sa femme Agnes étaient employés chez Wallenberg. Agnes était sur le point d’accoucher, tous les hôpitaux étaient fermés aux juifs et les maisons suédoises étaient surpeuplées. Wallenberg trouva un médecin et conduisit les Vandor à son appartement de la rue Ostrom. Là, il donna son lit à la jeune femme et alla dormir dans l’entrée. Au petit matin, le médecin annonçait la naissance d’Yvonne Maria Eva. Les Vandor demandèrent à Wallenberg d’être son parrain, ce qu’il accepta de bon coeur.

Sources  :  http://www.sweden.se http://www.ushmm.org

Share and Enjoy

  • Facebook
  • Twitter
  • Delicious
  • LinkedIn
  • StumbleUpon
  • Add to favorites
  • Email
  • RSS

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *